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Le braconnage massif du poisson « cocaïne de la mer » entraîne la disparition d’un petit marsouin

Crédits : Inaturalist.org

Dans le golfe de Californie au Mexique, le poisson totoaba subit un braconnage massif. Or, ce délit touche de plein fouet un autre animal : le vaquita, le cétacé le plus rare au monde. Ce dernier pourrait malheureusement bientôt disparaître.

Une baisse de 95 % des effectifs en un siècle

Sea of Shadows (2019) est un film documentaire produit par le célèbre acteur hollywoodien Leonardo DiCaprio. Cette production décrit de manière précise le braconnage du totoaba (Totoaba macdonaldi), un poisson imposant endémique des eaux mexicaines. De couleur argentée, ce poisson peut mesurer jusqu’à 2 m de long et se caractérise notamment par une maturité sexuelle tardive. En effet, chaque individu de l’espèce peut commencer à se reproduire après six ou sept ans. Par ailleurs, son espérance de vie est d’un quart de siècle dans le meilleur des cas.

Il faut savoir que le totoaba subit gravement la dégradation de son habitat naturel. Néanmoins, le principal danger le concernant n’est autre que le braconnage massif. En moins d’un siècle, les populations ont ainsi baissé de 95 %. Incarnant un des symboles des dérives de la médecine chinoise, le poisson intéresse pour sa vessie natatoire. En Chine, cette partie de l’anatomie du totoaba figure en effet dans des recettes de ragoûts et autres soupes. La croyance populaire lui prête une stimulation du système immunitaire.

Le poisson fait donc l’objet d’un commerce organisé et très lucratif depuis les années 1920. Sa vessie natatoire peut ainsi se vendre jusqu’à 20 000 dollars le kilo, soit plus cher que la cocaïne. Cela lui vaut donc le surnom de « cocaïne de la mer ».

Une victime collatérale du braconnage du totoaba est en train de disparaître

En 2019, à l’époque du documentaire Sea of Shadows, le gouvernement mexicain avait formellement interdit la pêche du totoaba à l’aide de filets maillants. En revanche, cette interdiction a été très difficile à faire respecter, compte tenu de l’enjeu financier. De plus, les braconniers sont connus pour être armés et très agressifs. Les équipes de la célèbre ONG Sea Shepherd en ont notamment fait les frais. Seulement, voilà, le totoaba entraîne un autre animal dans sa chute : le vaquita (Phocoena sinus), le cétacé le plus rare au monde. Également endémique du Golfe de Californie au Mexique, le vaquita est une victime collatérale du braconnage du totoaba. En effet, ce petit marsouin est souvent pris au piège dans les filets des criminels. En 1997, sa population était d’environ 600 individus, avant de passer à 18 en 2017, puis seulement 8 en 2022.

vaquita marsouin cétacé
Crédits : Alfokrads / Wikimedia Commons

Le gouvernement mexicain a tenté de capturer les vaquitas restants pour les mettre à l’abri du danger et leur permettre de se reproduire en captivité. Malheureusement, la capture du premier individu a causé sa mort. En effet, il s’avère que cette espèce supporte très mal la captivité. Les autorités avaient alors convenu avec la communauté scientifique que le seul moyen d’éviter l’extinction du cétacé était de lutter contre le braconnage du totoaba. Cependant, empêcher la pêche illégale du totoaba et le marché international de sa vessie natatoire semble aujourd’hui impossible. Les multiples échecs des autorités mexicaines sont là pour en témoigner.

De plus, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) a récemment pris une décision à peine croyable, malgré les chiffres alarmants. En effet, la « reprise » du commerce international de totoabas a été votée. Pourtant, ce commerce n’a jamais connu la crise malgré un demi-siècle d’interdiction.