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Biographie : Claude Ptolémée (90-168), un des pères de la géographie

Crédits : Wikimedia Commons

Auteur de plusieurs traités scientifiques dont deux ayant eu une énorme influence sur les sciences occidentales et orientales, l’astronome antique Claude Ptolémée était un grand homme de science que les géographes d’aujourd’hui citent encore.

Ptolémée l’astronome

Claude Ptolémée (en grec Claúdios Ptolemaîos) est un astronome et astrologue grec ayant passé le plus clair de sa vie dans la province romaine d’Égypte, notamment à Alexandrie. Sa vie est mal connue, si bien qu’il est opportun d’évoquer seulement ses œuvres, ses recherches et ses découvertes.

L’Almageste est incontestablement l’œuvre magistrale de Ptolémée. Il s’agit d’un traité d’astronomie en 13 volumes rassemblant près de neuf siècles d’observations astronomiques accumulées par les Babyloniens, les Byzantins et les Grecs. Par exemple, les Babyloniens sont à l’origine de nombreuses observations – positions des astres, datations des éclipses – et de nombreux calculs concernant la prévision de phénomènes astronomiques. Certains Grecs comme Eudoxe de Cnide et Hipparque repris par Ptolémée avaient même intégré ces observations afin de calculer les mouvements de certains corps célestes.

Dans son Almageste, Ptolémée reprend donc de nombreux modèles astronomiques pour les perfectionner. Par ailleurs, il reprend le modèle géocentrique d’Hipparque, plaçant une Terre ronde immobile au milieu d’un Univers en mouvement. Ptolémée est l’auteur de tables de données destinées à déterminer la position des astres, appuyées par un manuel pratique : Les tables faciles. L’œuvre contient également un catalogue regroupant 1 022 étoiles classées en quarante-huit constellations, qui restera une référence pendant des siècles.

Il faut savoir que le modèle de Ptolémée sera sauvegardé avec plus ou moins de succès au cours des âges et au sein des différentes civilisations, jusqu’aux progrès réalisés en termes d’instruments d’observation. En effet, la théorie de l’héliocentrisme formulée par Nicolas Copernic, perfectionnée par Johannes Kepler et vivement soutenue par Galilée viendra mettre fin au modèle antique, que l’Église ne renoncera pas à abandonner avant 1750 !

Ptolémée, un des pères de la géographie

Le second traité de Ptolémée ayant eu une grande influence sur les sciences occidentales et orientales porte le nom de La géographie. Il s’agit d’une vaste compilation des connaissances géographiques durant l’Empire romain, plus précisément sous le règne de l’empereur Hadrien (de 117-138). Or, ces connaissances couvrent le monde connu dans sa totalité (écoumène) et font finalement – à travers les 8 tomes de l’œuvre – office d’introduction géographique à la cartographie. Encore aujourd’hui, n’importe quel étudiant en géographie est sensibilisé à cette œuvre.

Le premier tome définit la géographie et donne la méthode et les données utilisées pour élaborer la carte du monde connu. Dans les tomes 2 à 7, Ptolémée répertorie pas moins de 8 000 lieux en Europe, Asie et Afrique avec des coordonnées, et ce tout en fournissant des listes topographiques. Ces données sont – d’ouest en est – relatives à l’Irlande, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, la Grèce, l’Afrique du Nord, l’Asie Mineure, la Perse et enfin l’Inde, pour reprendre leurs appellations actuelles. Dans le dernier tome, Ptolémée présente une division du monde connu en 26 cartes régionales, à savoir une dizaine pour l’Europe, quatre pour l’Afrique (nommée Libye) et une douzaine pour l’Asie.

Crédits : Wikimedia Commons

Le géographe estime la circonférence de la Terre à 33 345 km, soit l’équivalent de 180 000 stades. Il s’agit d’une estimation plus lointaine que celle d’Ératosthène (39 375 km) et de la distance réelle de l’équateur (40 075 km). Ptolémée reprendra le système sexagésimal des Babyloniens en divisant la sphère en 360° de longitude de 500 stades chacun avec comme méridien les îles Fortunata (îles Canaries – actuelle Espagne). Ptolémée y ajoutera des intervalles de cinq degrés – correspondant au tiers d’une heure d’équinoxe – couvrant au total douze heures, soit 180° jusqu’à Cattigara (Hanoï – actuel Vietnam).

Concernant la latitude, celle-ci s’étale de Thulé (nord de l’Europe) à Agisymba (Afrique subsaharienne). La carte finale définit un espace habitable sur 72 000 stades de longitude et sur 40 000 stades de latitude. Ptolémée se serait également inspiré d’un de ses prédécesseurs Marinos de Tyr et des index géographiques des empires romain et perse. En revanche, concernant ces index, il s’agissait de sources jugées en partie douteuses. C’est pour cette raison que la carte de Ptolémée ne va pas plus loin.

Ptolémée améliorera – après les cartes d’Ératosthène – les techniques de projection cartographique en s’appuyant sur la géométrie d’Euclide. Ainsi, il mettra au point deux techniques de projection d’une sphère sur une surface plane qui aura été longtemps influente. La première technique représente les méridiens avec des segments de droite et la seconde plus complexe est imagée avec des arcs (voir ci-après). Concernant les cartes régionales, la projection n’est pas une nouveauté puisqu’il s’agissait d’une projection cylindrique mise au point par Marinos de Tyr.

Crédits : Wikimedia Commons

Ptolémée le polyvalent

Claude Ptolémée est l’auteur d’autres traités secondaires en astrologie, en musicologie, en mathématique et en optique. Le premier n’est autre que l’ouvrage astrologique le plus célèbre de l’Antiquité : le Tetrabiblos. Le livre traite principalement d’astrologie horoscopique par le biais d’une carte basée sur un tableau déterminant l’emplacement des sept planètes connues à l’époque, dont le Soleil faisait partie.

Son traité de musicologie – les Harmoniques – est une référence concernant la théorie et les principes mathématiques de la musique. Ptolémée y présentera des intervalles musicaux sur des proportions mathématiques, ainsi que ses propres divisions du tétracorde et de l’octave, obtenues via un monocorde. Citons le fait que Ptolémée était également mathématicien : un théorème porte même son nom. Celui-ci est relatif au fait que dans un quadrilatère convexe inscrit dans un cercle, le produit des diagonales est égal à la somme des produits des côtés opposés.

Un autre traité de Ptolémée se nomme L’Optique, dans lequel l’intéressé parle des propriétés de la lumière (réflexion, réfraction et couleurs) et expose une théorie de la vision. Cependant, la traduction latine du texte par Eugène de Sicile effectuée vers 1150 est elle-même issue d’une traduction de l’arabe incomplète et imparfaite.

Sources : AstropolisBibmathBNF

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