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Des bio-ingénieurs pessimistes sur l’avenir des interfaces cerveau-machine

Crédits : Neuralink

Si l’intelligence artificielle suscite souvent l’inquiétude du grand public, les interfaces cerveau-machine (ou ICM) ne sont pas en reste. Certains scientifiques pensent notamment que ce genre de technologie pourrait créer une dangereuse dépendance sur le cerveau humain. Or, certaines entreprises pourraient l’exploiter dans le cadre de marketing neuronal.

Les ICM : une technologie en développement

Les interfaces cerveau-machine sont des systèmes de liaison directe entre un cerveau et un ordinateur. Ils permettent à un individu d’effectuer des tâches sans passer par l’action des nerfs périphériques et des muscles. Or, si le concept remonte au début des années 1970, les premières recherches sur les humains apparaissent dans les années 1990. Aujourd’hui, plusieurs sociétés travaillent sur les ICM, comme Facebook avec son cabinet de R&D Building 8 ou encore Neuralink, fondée par le PDG de SpaceX Elon Musk.

Il y a quelques années, Neuralink avait affirmé vouloir dans un premier temps trouver un usage médical aux ICM. il s’agirait par exemple de redonner la vue aux personnes aveugles et l’audition aux individus sourds. Toutefois, Facebook et d’autres géants comme Microsoft voudraient modéliser les pensées humaines dans le cadre d’une association avec un système de réalité virtuelle.

Cependant, comme le montre la publication d’un article sur APL Bioengineering, un support de l’American Institute of Physics (AIP) le 20 juillet 2021, des bio-ingénieurs de l’Imperial College London (Royaume-Uni) s’inquiètent de cette technologie. Ces auteurs ont en effet évoqué un scénario plutôt sombre pour le futur.

interface cerveau machine
Schéma d’une interface neuronale directe.
Crédits : Balougador / Wikipedia

Du bon et du mauvais

Les bio-ingénieurs britanniques estiment que les ICM permettront à des entreprises d’exploiter les pensées des gens pour de l’argent. En ce sens, les auteurs ont évoqué la notion de “marketing neuronal”. Par ailleurs, certains usages seraient particulièrement dangereux. “Si une puce vous attribue une nouvelle identité, la dépendance aux technologies cérébrales pourrait rivaliser avec celle des opioïdes”, peut-on lire dans le document. Cette dépendance ne devrait pas être prise à la légère. Les chercheurs évoquent des cas de patients dont les essais ont connu une fin assez surprenante. Plusieurs volontaires ont en effet refusé que l’on retire leurs dispositifs ICM tant ces derniers faisaient partie d’eux-mêmes.

Les chercheurs ont mentionné la notion de “proprioception” (kinesthésie), une sensibilité profonde que l’on surnomme souvent “sixième sens”. Il s’agit tout simplement de la perception consciente ou non de la position des différentes parties du corps. En l’absence de cette propriété, le cerveau humain se trouve incapable de reconnaître l’influence d’un dispositif externe sur lui-même. L’autonomie pourrait alors être compromise. Plus précisément, l’ICM se révélerait capable de changer des traits de caractère des gens, et ainsi de mettre à mal leur identité personnelle.

Les auteurs concèdent néanmoins que les ICM ont des aspects positifs, surtout en matière de santé. Les personnes en situation de lourd handicap pourront contrôler des prothèses, faire avancer un fauteuil roulant, se servir d’un ordinateur et pourquoi pas avoir recours à la domotique afin de gérer les appareils de leur logement. En entreprise, les ICM pourraient permettre de détecter la fatigue des employés pour prévenir les accidents du travail. Cela pourrait aussi permettre de surveiller les étudiants potentiellement en proie à une surcharge de travail.