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Cette étude fournit un bilan sans précédent de la hausse du niveau des mers

Crédits : NASA / Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio.

Une étude majeure dirigée par un consortium de dix instituts de recherche européens fournit l’évaluation la plus précise disponible à ce jour concernant les différents contributeurs à l’élévation du niveau des mers. Les résultats publiés dans la revue Earth System Science Data ce 7 février révèlent en outre un rythme de hausse croissant imputable à la fonte accélérée de l’inlandsis groenlandais.

Une des conséquences du réchauffement climatique est l’élévation du niveau des mers, les deux facteurs principaux étant la fonte des glaces continentales et le fait que l’eau occupe un volume plus important lorsqu’elle est chauffée. Cependant, évaluer dans le détail comment les différentes parties de la cryosphère (glaciers, calottes, etc.) contribuent à cette hausse est une tâche difficile. Il s’agit toutefois d’un défi qu’une équipe de chercheurs a récemment relevé, fournissant le premier bilan calculé avec un tel degré de précision.

Les observations montrent que le niveau moyen des mers augmente d’environ trois millimètres par an depuis les années 1990. De plus, on sait qu’un tiers de la hausse est dû à la dilatation thermique de l’eau, et environ deux tiers à la fonte des glaciers de montagne et des calottes polaires. Enfin, une petite fraction est attribuable au déstockage d’eaux souterraines par les activités humaines (irrigation, industrie, etc.). Ainsi que nous allons le voir, la présente étude a grandement précisé cette perspective.

niveau des mers
Hausse totale du niveau des mers (noir) et sommes des différentes contributions calculées dans le cadre de l’étude (rouge foncé). Les parts attribuables au réchauffement des eaux, aux glaciers de montagne, aux calottes du Groenland et de l’Antarctique et au pompage d’eaux souterraines figurent respectivement en bleu foncé, cyan, vert, marron et violet. Enfin, les marges signalent les incertitudes correspondantes. Crédits : Martin Horwath & coll. 2022.

Une avancée forte dans notre compréhension de l’élévation du niveau des mers

Sur les trois millimètres par an évoqués précédemment, 38 % proviennent de la dilatation thermique des océans (composante stérique) et 57 % de l’apport d’eau par la fonte des glaces continentales et du déstockage des nappes souterraines (composante massique). Si l’on s’intéresse plus précisément à cette dernière, les glaciers de montagne contribuent pour 21 %, la calotte du Groenland pour 20 %, celle de l’Antarctique pour 6 % et le pompage des nappes souterraines pour 10 %. Aux incertitudes près, le bilan est fermé. Enfin, le document confirme une accélération de la hausse entre 1993 et 2016, en lien avec une contribution croissante du Groenland.

« Une partie de nos résultats a été intégrée au sixième rapport du GIEC », relate Martin Horwath, auteur principal de l’étude. « Nous fournissons maintenant l’ensemble complet des séries chronologiques et leur documentation ». Ce travail complexe aura nécessité un large ensemble de mesures issues du réseau Argo et de quatre missions satellitaires, un modèle de dynamique glaciaire, un modèle hydrologique et la participation d’experts de différentes disciplines. Néanmoins, « le travail ne s’arrête pas à cette étape impressionnante, il reste encore des questions sans réponse concernant la variabilité climatique et son évolution », souligne Jérôme Benveniste, l’un des coauteurs du papier.