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Le plus grand Tricératops du monde avait été embroché par un rival

Crédits : capture d'écran youtube

Selon une étude, une rencontre violente avec un autre dinosaure expliquerait pourquoi le squelette de Big John, le Tricératops le plus massif jamais découvert, présente une énorme entaille au niveau de la collerette. Ce combat se serait produit il y a environ 66 millions d’années. Quant à l’agresseur, il s’agissait probablement d’un autre Tricératops.

La blessure de Big John

Celui que l’on surnomme Big John aurait vécu à Laramidia. Il s’agit d’une île-continent qui s’étendait autrefois de l’Alaska jusqu’au Mexique. L’animal serait mort à la toute fin du Crétacé, il y a environ 66 millions d’années, dans une ancienne plaine inondable formant aujourd’hui le site géologique de Hell Creek, dans le Dakota du Sud (États-Unis).

Comme son nom l’indique, Big John, dont les restes (complets à environ 60 %) ont été retrouvés en 2014, était un gros dinosaure. Il mesurait en effet environ huit mètres de long, tandis que son crâne mesurait environ deux mètres de large. Deux énormes cornes de près de 1,1 mètre de long se dressaient par ailleurs sur sa tête. D’après les experts, elles pouvaient supporter environ seize tonnes de pression.

Ces caractéristiques énormes ont ainsi mené ce dinosaure emblématique à faire les gros titres l’année dernière, lorsque ses restes se sont vendus pour environ 6,6 millions d’euros aux enchères parisiennes.

Avant qu’il ne soit proposé à la vente,  Big John avait été emmené en Italie pour être restauré. À l’époque, Flavio Bacchia, qui devait s’occuper de préparer le spécimen, avait souligné la présence d’une grosse entaille sur le côté droit de la collerette osseuse de l’animal. Conscient que cette blessure pouvait nous en apprendre énormément sur le comportement de ces dinosaures, il s’est donc entouré de plusieurs spécialistes d’universités italiennes pour analyser la lésion.

Big John Tricératops
L’os squamosal de Big John, qui montre la lésion traumatique. Crédits : Zoic LLC
Big John Tricératops
Une vue latérale du crâne restauré de Big John. Crédits : Zoic LLC

Un rival venu de l’arrière

La blessure traumatique mesure environ vingt centimètres de long et cinq centimètres de large. D’après les chercheurs, elle n’a probablement pas été réalisée par une attaque frontale. « L’emplacement, la forme et la taille de la lésion suggèrent qu’elle a été causée par la corne d’un autre Tricératops de taille similaire« , souligne Ruggero D’Anastasio, de l’Université G. d’Annunzio de Chieti-Pescara.

D’après lui, l’attaque est probablement venue de l’arrière, comme le suggèrent l’emplacement de la lésion elle-même et la forme du trou de sortie qui ressemble aux trous de balle décrits dans les affaires médico-légales. Des tests en laboratoire, opérés grâce à des moulages de cornes, ont par ailleurs confirmé cette hypothèse.

Cependant, la blessure n’a pas tué Big John, du moins pas sur le coup. Son squelette présente en effet des signes clairs de guérison osseuse, bien que le Tricératops soit mort avant que la guérison ne soit terminée. D’après une analyse du remodelage osseux au niveau de la lésion, comparée aux taux de guérison des blessures traumatiques observées chez les reptiles modernes, les chercheurs suggèrent que l’animal est mort environ six mois après cette attaque. « Peut-être est-il mort d’une infection consécutive au traumatisme« , propose le paléontologue, « mais ce n’est qu’une hypothèse à démontrer« .

La découverte correspond également bien à l’idée que les Tricératops vivaient en groupes sociaux. Chez les animaux modernes évoluant de manière similaire, il n’est en effet pas rare que certains membres d’un même groupe s’affrontent. Le plus souvent, ce type de combats vise à établir une domination ou un territoire. Il est donc possible que les Tricératops eussent fait la même chose.