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Quand Bezos avait voulu débaucher le bras droit de Musk pour diriger Blue Origin

Crédits : Blue Origin

Après avoir tenté de débaucher Gwynne Shotwell, l’actuelle présidente et directrice de l’exploitation de SpaceX pour diriger Blue Origin en 2016, Jeff Bezos s’est finalement tourné vers Bob Smith. Un choix judicieux ? Les quatre dernières années écoulées nous laissent à penser que non.

Le livre Amazon Unbound: Jeff Bezos and the Invention of a Global Empire, signé du journaliste américain Brad Stone et paru le 11 mai dernier, nous révèle plusieurs choses. Une grande partie de cet ouvrage traite évidemment du rapport de Bezos avec son site de commerce en ligne, Amazon. On y apprend également le nom de l’interprète de la voix utilisée par défaut par des millions d’appareils Alexa (Nina Rolle). Toutefois, c’est un autre chapitre, consacré à Blue Origin, qui nous intéresse aujourd’hui.

Dans ce livre, Brad Stone nous apprend notamment que dès l’automne 2016, le fondateur de la société concentrée sur l’aérospatial commençait à s’inquiéter de l’absence de progrès réalisés par son entreprise. Son principal concurrent, SpaceX, avait alors déjà une bonne longue d’avance dans le secteur, récupérant déjà ses boosters de Falcon 9 sur des plateformes en mer (ce qui a tout changé), et remportant plusieurs contrats gouvernementaux, notamment auprès de la NASA et du département de la Défense.

Le journaliste nous apprend alors que Bezos, un peu désemparé, avait à l’époque invité plusieurs cadres de Blue Origin dans son bureau de Seattle pour faire le point. Au cours de ces entrevues, certains dirigeants se seraient alors plaints de problèmes de communication interne, de réunions interminables et de dépenses pas forcément très judicieuses.

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Illustration d’artiste du New Glenn, le futur lanceur lourd de Blue Origin. Crédits : Blue Origin.

Le choix du nouveau PDG de Blue Origin

Toujours selon cet ouvrage, ces discussions auraient ensuite mené Bezos à vouloir embaucher, pour la première fois, un PDG pour la société. Après avoir informé de ses intentions Rob Meyerson, le président de Blue Origin, Bezos se serait ensuite rapproché de Gwynne Shotwell, l’actuelle présidente et directrice de l’exploitation de SpaceX. Présente depuis le début de l’aventure en 2002 après avoir été embauchée par Musk en un quart d’heure, elle a naturellement refusé cette opportunité.

Après une recherche d’un an, Bezos s’est finalement tourné vers Bob Smith, alors cadre supérieur chez Honeywell Aerospace. Son objectif : faire de Blue Origin une actrice majeure du secteur spatial et commencer à remporter des contrats gouvernementaux, comme SpaceX. Malheureusement pour Bezos, ce choix n’était peut-être pas le bon.

Et pour cause, en complétant son équipe de direction, le nouveau PDG de Blue Origin s’est appuyé sur plusieurs cadres d’entreprises, disons, très “traditionnelles”. Bon nombre de ses recrutements venaient en effet de Raytheon, Lockheed Martin, Boeing ou encore Northrop Grumman. Bref, il s’agissait d’entreprises tout aussi brillantes les unes que les autres, mais construites sur une culture de la prudence. Cette vision tranche évidemment avec celle de SpaceX, très axée sur la prise de risques.

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Gwynne Shotwell. Crédits : Taylor Hill / FilmMagic

Dix wagons de retard

En partie à cause de ce rythme de développement lent, Blue Origin a perdu encore davantage de terrain sur son principal concurrent.

Il y a encore quelques années, les deux sociétés semblaient à l’aube d’une course à l’espace particulièrement passionnante, mais alors que SpaceX a déjà lancé et récupéré plus d’une centaine de fusées, libéré plus de 1500 de ses propres satellites en orbite et transféré plusieurs équipages d’astronautes vers l’ISS, Blue Origin n’a piloté son lanceur suborbital New Shepard qu’une quinzaine de fois. Et si un premier vol en équipage aura probablement lieu en juillet, cette marche en avant ne permettra pas à la société de combler son retard.

Concernant les contrats gouvernementaux, là encore, Blue Origin est sur la touche. La société vient en effet d’être exclue d’une série de contrats de lancement pour le compte de la sécurité nationale, remportée par United Launch Alliance et SpaceX. Cette mise à l’écart est logique étant donné que son lanceur New Glenn est encore loin d’être opérationnel. Et n’oublions pas la NASA qui s’est également tournée vers SpaceX comme seul et unique fournisseur de son prochain atterrisseur lunaire, au grand dam de Bezos qui a décidé de porter plainte.

Les choses pourraient néanmoins bientôt changer pour la société. Récemment, Jeff Bezos a en effet annoncé qu’il quitterait ses fonctions de Directeur général d’Amazon cet été pour devenir son président exécutif. Pour la suite, il a promis de consacrer davantage de son temps et de ses compétences commerciales à Blue Origin. Reste à savoir si son implication sera suffisante. Seul l’avenir nous le dira.