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Barrière de Larsen : les récents effondrements sont inédits depuis au moins 10 millénaires

Image thermique du détachement de l'iceberg A-68 du Larsen C en septembre 2017. Crédits : NASA Earth Observatory.

Engagés dans un effort visant à mieux comprendre l’évolution des plateformes de glace antarctiques, une équipe internationale de chercheurs a pu reconstruire l’histoire du Larsen C sur plus de 10 000 ans. Cette perspective permet de replacer l’évolution actuelle dans un contexte beaucoup plus large. Les résultats ont paru le mois dernier dans la revue Geology

Alors que le record du plus grand iceberg jamais observé vient d’être battu suite au détachement d’un énorme bloc de glace de la barrière de Filchner-Ronne, de nombreux regards se tournent vers l’Antarctique. La question de l’instabilité des plateformes glaciaires y est un sujet majeur en contexte de réchauffement global de l’atmosphère et de l’océan. Le cas de la cinquième plus grande d’entre elles, la barrière de Larsen, constitue à cet égard tout un symbole.

10 000 ans d’histoire du Larsen révélés par les sédiments marins

Située sur la côte orientale de la péninsule antarctique, cette plateforme connaît un processus de rupture séquentielle lié à l’augmentation des températures de l’air et de l’eau. Le Larsen A fut le premier à se désintégrer en 1995, puis le Larsen B a suivi en 2002. Enfin, une dislocation partielle du Larsen C est survenue en 2017 avec près de 6000 km² de glace expulsés vers le large. Progressivement, la dislocation remonte ainsi vers le sud, affectant des pans de glace toujours plus importants.

De nouveaux résultats mettent désormais en lumière le caractère inédit de ces ruptures dans le contexte de l’Holocène. Grâce à l’analyse de carottes sédimentaires prélevées sous le Larsen C et un peu plus au large, une équipe de chercheurs a pu reconstruire l’évolution de la plateforme au cours des onze derniers millénaires. Il s’agit de la première étude à fournir un historique aussi détaillé des fluctuations de la barrière de Larsen.

Larsen
A. Géographie de la péninsule antarctique avec les différentes parties du Larsen. Les Larsen A, B et C sont respectivement indiqués par LAIS, LBIS et LCIS. B. Évolution du front du LBIS et LCIS sur les années récentes. Enfin, les carottes prélevées sont indiquées par LN2, VC331 et GC16-B. Crédits : J.A. Smith & coll. 2021.

« Un énorme effort scientifique international est en cours pour mieux comprendre ce qui arrive aux plateformes glaciaires de l’Antarctique », explique James Smith, auteur principal du papier. « Si nous pouvons comprendre ce qui est arrivé dans le passé, nous aurons une idée de ce qui pourrait se produire à l’avenir. Nous pourrons peut-être différencier les événements naturels qui affectent les plateformes de glace des changements environnementaux liés aux activités humaines. Cette nouvelle étude fournit la pièce finale du puzzle à l’histoire de la dernière plateforme de l’est péninsulaire ».

La dimension inédite des récents effondrements

L’étude révèle qu’outre de modestes avancées et reculs, les parties B et C du Larsen ont toujours été présentes durant la période d’étude. Les chercheurs l’expliquent en partie par une grande épaisseur, gage de bonne résilience et donc de stabilité. Aussi, la désintégration totale du Larsen B en 2002 et le début de déstabilisation du Larsen C en 2017 apparaissent comme des indicateurs d’une évolution très anormale du climat régional. Autrement dit, que le changement actuel sort du cadre de fluctuations connues sur les 11 500 dernières années et même très certainement au-delà. Il s’agit d’un fait déjà retranscrit par les courbes d’évolution de la température moyenne à la surface du globe.

« Nous avons maintenant une image beaucoup plus claire de la configuration et de l’étendue des dislocations passées et présentes. Cela commence dans le nord et progresse vers le sud à mesure que l’atmosphère et l’océan se réchauffent », note l’auteur principal. « Si l’effondrement total du Larsen C se produisait, cela confirmerait que l’ampleur de la perte de glace le long de l’est de la péninsule antarctique et les changements climatiques sous-jacents sont sans précédent sur les 10 000 dernières années ».