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La banquise, source de stabilité pour les plateformes de glace de l’Antarctique

Plateforme de glace du glacier de l'île du Pin. Crédits : NASA / JPL-Caltech / UC Irvine.

De nouveaux travaux précisent le rôle joué par la banquise sur la stabilité des plateformes de glace antarctiques. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Geoscience ce 5 mai et permettent de mieux comprendre le fonctionnement des parties flottantes de la gigantesque calotte australe.

Une plateforme de glace constitue le prolongement marin d’une calotte polaire continentale. En ralentissant l’écoulement naturel des glaces de la terre vers l’océan, les diverses plateformes qui entourent le Groenland et l’Antarctique stabilisent les calottes qui les alimentent. À cet égard, elles se comportent un peu comme les arcs-boutants d’une cathédrale.

Leur évolution est un enjeu majeur pour la hausse future du niveau des mers. En effet, plus celles-ci seront érodées, plus l’écoulement glaciaire sera accéléré avec une quantité d’eau croissante transférée depuis le socle continental vers l’océan. Toutefois, les processus en jeu sont mal évalués. Par conséquent, la contribution du Groenland et de l’Antarctique au relèvement marin d’ici à la fin du siècle reste encore incertaine.

Une progression des plateformes de glace à l’est de la péninsule Antarctique

L’essentiel des plateformes se trouve en Antarctique. Or, entre 1982 et 2002, plusieurs d’entre elles ont connu un effondrement partiel ,voire total, à l’image du Larsen A et B en 1995 et 2002, respectivement. Cependant, il convient de noter qu’après plusieurs décennies de recul, les plateformes qui lèchent le trait de côte situé à l’est de la péninsule se sont globalement étendues.

Une équipe de chercheurs a évalué plus en détail ces changements. En croisant les données satellitaires aux mesures de terrain, ils ont constaté que 85 % des plateformes de la région ont en effet progressé entre 2003 et 2019. À l’origine de l’embellie, on trouve une banquise présente en plus grande quantité à l’avant des plateformes. Et pour cause, de la même manière que ces dernières stabilisent la calotte, la banquise stabilise les plateformes.

Haut : configuration avec une banquise déficitaire fragilisant les plateformes de glace. Bas : configuration avec une banquise excédentaire, renforçant les plateformes. Crédits : Frazer D. W. Christie & coll. 2022.

« Nous avons découvert que le changement de banquise peut soit protéger, soit déclencher le vêlage d’icebergs des grandes plateformes de l’Antarctique », rapporte Frazer Christie, auteur principal de l’étude. « Indépendamment de la façon dont la glace de mer autour de l’Antarctique change dans un climat qui se réchauffe, nos observations mettent en évidence l’importance souvent négligée de la variabilité de la banquise pour la bonne tenue de la calotte Antarctique ».

La banquise, vecteur de stabilité ou d’instabilité

Lorsque des fluctuations entraînent une diminution de la banquise au devant des plateformes, ces dernières sont entre autres exposées à l’action des vagues et de la houle, ce qui les fragilise. A contrario, lorsque la banquise augmente, les plateformes sont stabilisées et plus résilientes. C’est ce qui se passe à l’est de la péninsule Antarctique depuis le début des années 2000, avec une configuration des vents en mer de Weddell favorable au transport de banquise vers les côtes.

Entre 1980 et 2002, une période où l’on observait un recul général dans la zone, la configuration des vents était à l’inverse propice au transport de glace de mer vers le large, loin des côtes, mettant en contact rapproché le front des plateformes avec l’océan et son agitation. Voilà pour le passé récent. Pour ce qui concerne le futur proche, les chercheurs notent que l’embellie des vingt dernières années pourrait malheureusement vite prendre fin.

« Il est tout à fait possible que nous assistions à une transition vers des schémas atmosphériques similaires à ceux observés au cours des années 1990 qui ont favorisé la perte de glace de mer et, en fin de compte, davantage de vêlages au niveau des plateformes », explique le chercheur. S’il est une chose certaine, c’est que sur fond de réchauffement climatique, le temps joue contre ces précieuses sentinelles du climat.