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Baleine de Cuvier : des biologistes enregistrent une plongée record

Crédits : NOAA

Au cours d’une étude récente, une baleine à bec de Cuvier a retenu son souffle pendant près de quatre heures lors d’une plongée profonde. Cette observation inattendue montre à quel point nous en savons peu sur ces mammifères très discrets.

Comme d’autres espèces de baleines à bec, les baleines à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) sont connues pour leurs plongées très profondes. Certains spécimens peuvent en effet s’enfoncer à plus de 3 000 mètres sous la surface de l’océan pour chasser leurs proies (calmars et poissons) tout en évitant la prédation des orques.

Jusqu’à présent, nous pensions que ces animaux ne pouvaient rester en moyenne qu’une grosse demi-heure à de telles profondeurs, après quoi ils doivent remonter en surface pour respirer de l’oxygène atmosphérique. Mais pourraient-ils rester sous l’eau plus longtemps ? Et si oui, combien de temps ? Il est difficile de le savoir tant ces baleines sont discrètes.

Une plongée record de près de quatre heures

Pour tenter d’en savoir plus, des biologistes de l’Université Duke et du Cascadia Research Collective ont cherché à chronométrer plusieurs spécimens. Les opérations ont eu lieu entre 2014 et 2018 au large de Cape Hatteras, en Caroline du Nord.

Dans le cadre de ces travaux, publiés dans le Journal of Experimental Biology, les chercheurs ont réussi à marquer 23 individus. Ils ont ensuite enregistré plus de 3600 plongées, dont la durée médiane a été chronométrée à 59 minutes. Les plongées les plus courtes n’ont duré que 33 minutes, tandis que les plus longues duraient ont duré un peu plus de deux heures.

L’un des spécimens, portant l’étiquette ZcTag066, s’est en revanche détaché du reste. En 2017, cette baleine serait en effet restée une première fois sous l’eau pendant près de trois heures. Une semaine plus tard, elle s’est de nouveau surpassée, retenant son souffle pendant trois heures et 42 minutes.

Il faut en revanche souligner que les deux plongées records de ZcTag066 ont été enregistrées 17 et 24 jours après une exposition connue d’une heure à un signal de sonar actif à moyenne fréquence de la marine américaine. D’après les biologistes, il est donc possible que l’exposition à ces sonars ait modifié les habitudes de plongée normales de la baleine. Néanmoins, ce n’est qu’une supposition.

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Une baleine à bec de Cuvier avec une étiquette sur sa nageoire dorsale. Crédits : Andrew Read / Université Duke

Des mammifères encore mystérieux

Comment est-il possible pour ces mammifères puissent rester aussi longtemps sous l’eau, dans un environnement aussi exigeant ? Nicola Quick, principal auteur de l’étude, rappelle que les muscles de ces mammifères possèdent énormément de myoglobine. Cette métalloprotéine qui contient du fer a pour fonction de stocker l’oxygène plutôt que de le transporter. Néanmoins, ces baleines pourraient également profiter d’adaptations que nous ne comprenons pas encore pleinement “comme la possibilité de réduire leur fréquence cardiaque et de restreindre le mouvement du flux sanguin vers les tissus“, explique-t-il.

En outre, les chercheurs ont également été surpris par le temps de récupération des spécimens étudiés. Aucun schéma clair ne s’est en effet dégagé des données. Par exemple, une baleine qui avait plongé pendant deux heures n’a eu besoin que de vingt minutes de repos avant de repartir, tandis qu’une autre baleine est restée à la surface pendant quatre heures après avoir plongé pendant 78 minutes avant de s’enfoncer à nouveau. Autrement dit, cette nouvelle étude soulève plus de questions qu’elle ne livre de réponses.