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Comment expliquer la chute du nombre de bébés prématurés pendant la pandémie ?

Crédits : pixabay

Depuis plusieurs semaines, certains pays rapportent une baisse très notable du nombre de naissances prématurées. S’agit-il d’une simple coïncidence ou peut-on y voir un lien avec le contexte pandémique ?

Tout a commencé il y a quelques mois lorsqu’un médecin irlandais a constaté que les commandes de lait maternel pour bébés prématurés étaient en chute libre. On s’est ensuite aperçu que c’était aussi le cas en Australie, au Canada, ou encore aux États-Unis où l’on observe jusqu’à 80% en moins de nouveau-nés pesant moins de 1,5 kg certaines semaines. Même constat en Belgique. Selon une étude récente de l’agence intermutualiste, le nombre de bébés nés prématurément aurait ainsi baissé de 30% à 80% selon les semaines entre mi-mars et fin août 2020.

Je ne dirais pas que ça nous excite, mais presque, d’abord parce que c’est une bonne nouvelle, mais surtout parce que c’est une tendance majeure, cette diminution de la prématurité pendant le confinement“, note Julie Belhomme, la cheffe de la clinique d’obstétrique du CHU Saint-Pierre à Bruxelles, interrogée dans le cadre de la série de podcasts Corona Baby qui explore l’influence du Covid-19 sur les grossesses, les accouchements et la parentalité.

Moins de prématurés “légers”

Interloqué par ces résultats, Olivier Danhaive, chef du service de néonatologie des Cliniques universitaires Saint-Luc, s’est entretenu avec plusieurs de ses collègues en Belgique et en Italie. Après avoir collecté les données de 45 services de néonatologie, il fait alors ce constat : la chute du nombre de prématurés concerne principalement les prématurés légers.

D’un autre côté, les courbes des prématurés jugées “graves et extrêmes”, dont la naissance précoce relève d’une pathologie de la mère ou du foetus, restent stables. Ces dernières étant moins susceptibles d’être affectées par du repos ou des différences de prise en charge obstétricales, les médecins concluent alors les baisses du nombre de prématurés “légers” sont bel et bien influencées par le contexte pandémique.

La première explication qui nous vient est que les femmes enceintes ont été moins actives, souligne Julie Belhomme. Elle n’en reste pas moins étonnée. “Jusqu’à présent, la science n’a jamais prouvé que le fait de travailler pendant la grossesse pouvait être un problème“, ajoute en effet la praticienne. “Nous, on encourage nos femmes enceintes à avoir une activité professionnelle normale, à faire du sport. Et puis, là, il y a quelque chose qui dit que, quand même, quand tu t’arrêtes complètement, ça a l’air de marcher“.

bébés prématurés
Crédits : regina_zulauf/Pixabay

Le manque d’activités pourrait-il donc expliquer ces tendances surprenantes ? Peut-être. La gynécologue estime quant à elle que nous devrions plutôt “chercher du côté du stress, plutôt que de l’activité physique pure“. Des études ont en effet déjà établi un lien entre la prématurité et le taux de cortisol (hormone du stress).

Enfin, rappelons que les confinements à répétitions ont également eu une influence sur les taux de pollution dans les grandes villes. Et là encore, nous savons que la pollution atmosphérique est particulièrement néfaste pour les femmes enceintes et les bébés à naître.