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Le baiser serait loin d’être une pratique universelle

Crédits : adamkontor / Pixabay

Le baiser, symbole d’amour par excellence en Occident, serait en réalité une pratique inconnue pour un très grand nombre de cultures présentes à travers le monde. Telle est l’étonnante conclusion d’une étude américaine récemment publiée dans la revue American Anthropologist. Explications.

Si le fait d’embrasser langoureusement son partenaire amoureux peut paraître banal dans la plupart de nos sociétés occidentales, cette pratique n’en resterait pas moins marginale à l’échelle du monde. C’est en tout cas la conclusion d’une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université d’Indiana en réponse à de précédents travaux, qui avaient quant à eux montré que le baiser était un comportement quasi universel, partagé par 90 % des cultures.

« Nous avons émis l’hypothèse que certaines cultures ne s’adonnaient pas au baiser romantique [ou] sexuel, ou qu’elles trouvaient que c’était un étrange étalage d’intimité, et nous avons été surpris de trouver que c’était le cas dans une majorité des cultures », a déclaré Justin Garcia, chercheur au Kinsey Institute de l’université de l’Indiana, relayé par l’AFP.

Pour arriver à ce constat, le professeur Garcia et son équipe ont analysé pas moins de 168 cultures à travers le monde en utilisant des méthodes d’analyse interculturelle standards. En premier lieu, ils ont ainsi étudié des documents déjà existants relatifs à 155 sociétés issues des neuf principales « aires culturelles » de la planète (Afrique, Asie, Europe, Amérique centrale, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Caraïbes, Moyen-Orient et l’Océanie). Puis, pour compléter les informations récoltées, les chercheurs ont ensuite contacté 88 ethnologues parmi lesquels seulement 28 ont pu apporter des renseignements quant à la pratique du baiser dans les cultures qu’ils avaient étudié.

Finalement, en recoupant l’ensemble de ces données, les chercheurs de l’université d’Indiana sont arrivés à la conclusion que seulement 46 % des 168 cultures étudiées pratiquent le baiser sur la bouche, qu’il soit court ou langoureux. « Cela nous rappelle à quel point notre ethnocentrisme occidental peut influencer la manière dont nous envisageons les comportements humains », a expliqué le professeur Garcia.

En outre, les scientifiques ont noté une importante disparité en fonction des régions. Le Moyen-Orient serait par exemple une zone géographique où le fait d’embrasser son partenaire ferait couramment partie des mœurs, puisque 10 des cultures étudiées considèrent cette action comme tout à fait normale. À l’inverse, la pratique du baiser semble totalement absente des sociétés analysées en Amérique Centrale, en Afrique Sub-Saharienne, en Nouvelle-Guinée ou dans la région amazonienne. Enfin, seulement 55 % des cultures étudiées en Amérique du Nord considèrent cette pratique comme normale, contre 70 % en Europe et 73 % en Asie.

Une question se pose alors naturellement : comment expliquer une si grande variabilité entre ces différentes régions du monde par rapport à cette pratique ? Bien qu’il n’est pas encore possible de répondre de façon formelle à cette interrogation, les chercheurs ont néanmoins remarqué une corrélation positive entre le « degré de stratification » d’une société et la pratique du baiser. En d’autres termes, plus une société serait organisée de façon complexe et plus ses membres seraient susceptibles d’embrasser leurs partenaires amoureux.

Pour autant, en partant du constat que le baiser a été observé chez certains grands singes (chimpanzés et bonobos) et qu’il est certainement utilisé chez l’Homme pour recueillir des informations sur son partenaire via l’échange de phéromones, il est vraisemblable de penser qu’il puisse également revêtir une composante évolutive. Si tel est le cas, il faudra alors déterminer ce qui a poussé tant de sociétés à renoncer totalement à cette pratique…

Sources : AFP — Metro

– Crédits photo : Sasha Kargaltsev