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Même une aviation « zéro carbone » pourrait encore altérer le climat

Crédits : blende12

Pour atteindre des objectifs climatiques ambitieux, le secteur de l’aviation devra neutraliser les émissions de carbone. Cependant, une étude estime qu’il devra aussi réduire les effets climatiques non liés au CO2. Bien qu’ils soient responsables d’environ les deux tiers des impacts de l’aviation sur le climat, ces effets sont en effet actuellement exclus des efforts d’atténuation.

De nombreux pays envisagent de décarboner le secteur de l’aviation en compensant avec le développement de puits de carbone. Autrement dit, l’idée consiste à mettre en place des moyens de capturer au moins la même quantité de CO2 que celle rejetée par le secteur de l’aviation. Il y a quelques jours, le gouvernement britannique a par exemple annoncé sa stratégie « Jet Zero » avec pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Cependant, tous ces efforts entrepris dans le secteur du transport aérien suffiront-ils pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris de limiter la hausse des températures à 1,5°C ? Une étude affirme que non, et ce, à cause des émissions non liées au carbone.

Des effets considérables, mais non considérés

Les chercheurs font ici référence aux traînées de condensation qui se forment à cause de la suie, des aérosols et de la vapeur d’eau libérés par les moteurs d’avion. Ces divers effets ont en effet des amplitudes et des durées de vie différentes et ont contribué ensemble à près de 4 % du forçage anthropique de l’époque préindustrielle.

En raison de la complexité et de l’incertitude des effets non liés CO2 de l’aviation sur le climat, en plus de la difficulté générale à réglementer les émissions de l’aviation internationale, ces émissions ne sont actuellement pas considérées dans le cadre des accords internationaux sur le climat et autres politiques d’atténuation. Leur impact est pourtant considérable.

cabine avion aviation carbone
Crédits : atosan / iStock

Dans le cadre d’une nouvelle étude dirigée par Nicoletta Brazzola,  de l’ETH Zurich (Suisse), des chercheurs ont ainsi découvert que même si les efforts actuellement déployés pour réduire les émissions de carbone réussissaient, le secteur de l’aviation dans le monde pourrait encore augmenter les températures moyennes mondiales de 0,1°C à 0,4°C.

Étant donné que le monde s’est déjà réchauffé de 1,1°C depuis la révolution industrielle, ces travaux suggèrent qu’un tel réchauffement supplémentaire pourrait ainsi compromettre l’objectif de l’accord de Paris de maintenir la hausse des températures à 1,5°C.

Changer de plan

La modélisation de l’équipe suggère que le fait de ne pas tenir compte des effets non liés au CO2 de l’aviation, comme le font la plupart des décideurs, reviendrait à ignorer 90 % de la contribution des vols futurs au changement climatique. Autrement dit, le plan historique à court terme du secteur de l’aviation visant à réduire son impact sur le changement climatique ne suffira pas.

Ce n’est pas une surprise. De manière plus globale, une étude révélait il y a quelques jours qu’en raison de la faiblesse des mesures visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre tous secteurs confondus, l’objectif des 1,5 °C était actuellement hors de portée.

« Cette nouvelle étude plaide de manière convaincante pour s’éloigner de l’aviation neutre en carbone comme principal objectif politique et se concentrer plutôt sur l‘aviation neutre pour le climat« , a déclaré Paul Williams de l’Université de Reading (Royaume-Uni). « Ce serait un changement radical de direction, mais je pense que cela se fait attendre depuis longtemps« .

L’équipe de chercheurs a également découvert que même avec une augmentation modérée de la demande de vols, le statu quo du kérosène et de la compensation exigerait de remplir d’arbres une zone de la taille de l’Allemagne pour compenser les émissions des avions. Un tel objectif paraît complètement irréalisable.

Pour les chercheurs, de nouveaux carburants et technologies de vol, de l’hydrogène aux batteries, devront être développés et déployés rapidement pour avoir une chance de lutter efficacement contre la hausse des températures.