in

Si les autruches préhistoriques ont disparu, c’est en partie notre faute

Crédits : Wikipedia

En se délectant des œufs de Genyornis newtoniun, l’ancêtre de l’autruche, les premiers colons auraient contribué à son extinction. C’est tout cas ce que révèlent des coquilles retrouvées noircies par les flammes.

Bien que le chevauchement temporel entre la dispersion humaine à travers l’Australie et la disparition de ses plus grands animaux soit bien établi, le manque de preuves évoquant les interactions entre l’Homme et la mégafaune a conduit certains paléontologues à remettre en question le rôle humain dans l’extinction de certaines espèces, les chercheurs ne disposant d’aucune trace de découpe au silex sur des os de proies ni d’aucun fossile attestant d’une prédation humaine sur la faune de l’époque. Mais il y a 50 000 ans, en Australie, la majeure partie des espèces disparaissaient, peu de temps après l’arrivée des premiers hominidés. C’est notamment le cas de Genyornis newtoniun, l’ancêtre de l’autruche, un oiseau coureur pouvant peser entre 200 et 250 kilos et mesurer jusqu’à 2,5 mètres de haut. Mais l’Homme est-il réellement responsable de sa disparition ?

Plus de 170 ans après la découverte de restes de squelettes de ces vertébrés géants conservés dans des grottes australiennes, et plus tard dans le fond de lacs aujourd’hui à sec, la cause de leur disparition est encore débattue. Alors que certains soupçonnent les importantes modifications climatiques du Pléistocène et ses épisodes de glaciation, d’autres en revanche, pointent du doigt l’arrivée et la dispersion du plus grand prédateur de tous les temps : l’Homme. De nouveaux éléments plaident en faveur de la seconde option ;  des traces de coquilles calcinées retrouvées démontrent en effet que les premiers Hommes arrivés en Australie faisaient cuire des œufs de l’espèce aujourd’hui disparue.

Ainsi, le changement climatique ne serait probablement pas la seule cause de l’extinction de cette mégafaune, laissant nos ancêtres plus susceptibles d’avoir été le facteur décisif. Les chercheurs apportent aujourd’hui la preuve que ces dernier appréciaient les œufs cuits. Et pas n’importe lesquels, ceux de Genyornis newtoniun, gros comme des melons. Une consommation mise en évidence par l’étude des fragments de coquilles exhumés par les chercheurs. « Nous avons étudié des fragments de coquilles brûlées d’œufs de Genyornis, retrouvés sur 200 sites à travers le continent », explique Gifford Miller, principal auteur de l’étude.

Grâce au carbone 14 et à l’étude du blanchiment des minéraux, les chercheurs ont pu dater nos coquilles : entre 43 400 et 53 900 ans. Mais alors, comment savoir si ces coquilles ont été calcinées par des feux de passage, ou par des feux de forêt ? C’est alors que rentre en jeu l’étude des acides aminés. Celle-ci a notamment révélé la présence d’un gradient de dégradation très caractéristique. « Un gradient aussi fort ne peut être réalisé que si la partie noircie a été brièvement en contact avec une source de chaleur très forte, telle que des braises », expliquent les chercheurs dans leur publication. De plus, sur chacun des sites, les coquilles brûlées ont été systématiquement retrouvées dans un tout petit périmètre (un cercle de moins de 3 mètres de diamètre), qui laisse plus penser à un feu de camp qu’à un incendie de forêt.

Nos ancêtres ne sont peut-être donc pas les seuls responsables de l’extinction de Genyornis newtoniun, mais on sait désormais qu’ils y ont contribué, leur impact pouvant être considérable sur ces animaux au faible taux de reproduction.

Source : S & A/nature