Australie : on en sait enfin plus sur cette oie géante fascinante de 230 kg

oie géante Genyornis newtoni
Crédits : Jacob C. Blokland

Non sans humour, beaucoup de personnes affirment que l’Australie est un endroit dangereux où tout semble pouvoir vous tuer, surtout les animaux. Pourtant, la faune actuelle ferait pâle figure face à la mégafaune qui régnait sur ce grand pays situé en Océanie il y a des dizaines de milliers d’années. Parmi ces espèces imposantes, on retrouve notamment le Genyornis newtoni, une giga-oie préhistorique jusqu’ici assez méconnue. Toutefois, un crâne bien préservé nouvellement découvert dans le lit du lac Callabonnam, en Australie du Sud, permet d’en apprendre plus sur cette espèce étonnante qui s’est éteinte il y a 45 000 ans.

Une oie relativement peu connue

C’est à la fin des années 1800 que les paléontologues ont pour la première fois découvert Genyornis newtoni. Néanmoins, jusqu’à aujourd’hui, on ne savait que très peu de choses sur ces animaux, et notamment ce à quoi ils pouvaient bien ressembler. Un crâne avait bel et bien été retrouvé en 1913, mais il était très endommagé et déformé, rendant ainsi son utilisation difficile. S’il fallait illustrer cet oiseau, les chercheurs se basaient donc plutôt sur d’autres grandes espèces également incapables de voler et jugées similaires, à l’instar du Dromornis ou même de l’émeu, finalement très éloigné.

Les scientifiques furent donc ravis de découvrir un crâne bien conservé de 32 cm en 2019, dans une région du sud de l’Australie connue pour emprisonner de nombreux fossiles de ce type d’animaux qui se sont retrouvés dans la boue. Avec le vent et l’érosion, des spécimens fossilisés se dévoilent toutefois doucement au fil du temps, permettant ainsi des trouvailles fascinantes. Ici, ce crâne était en outre attaché à un squelette presque complet du corps de cet oiseau. Les chercheurs ont aussi pu compter sur les restes de cinq autres Genyornis moins complets pour permettre une étude plus exhaustive. L’analyse plus poussée de ces restes permit alors de découvrir de nouvelles données sur cet animal qui pouvait peser jusqu’à 230 kg, soit cinq fois le poids d’un émeu, et dépasser 2,5 m de haut.

crâne oie géante Genyornis newtoni
La Dre Phoebe McInerney et Jacob Blokland avec le crâne nouvellement découvert. Crédits : Université Flinders

Dans une étude récente publiée dans la revue Historical Biology le 3 juin 2024, les chercheurs ont ainsi pu non seulement dévoiler ce à quoi ressemblait vraiment cet animal massif vieux de 45 000 à 50 000 ans, mais aussi offrir un tout nouvel éclairage sur son évolution, la manière dont il vivait, sa nourriture, son comportement et même sur ce qui l’a mené à sa disparition.

Qu’a-t-on appris sur cet animal géant ?

Grâce au fossile découvert récemment, les chercheurs ont notamment découvert la véritable nature de cet animal. En effet, comme l’explique la Dre Phoebe McInerney de l’Université Flinders à Adélaïde, Australie : « La relation exacte de Genyornis avec les animaux aquatiques a été difficile à éclaircir. Nous avons commencé à rassembler les pièces du puzzle avec ce nouveau crâne qui démontre, pour simplifier, que cette espèce est une oie géante. » L’équipe a ainsi pu officiellement rattacher cet animal au groupe des dromornithides, créant ainsi une connexion directe avec les canards, les cygnes et bien sûr aussi les oies modernes, alors qu’on les associait plus volontiers avec les autruches par le passé.

Cette étude en révèle aussi plus sur le physique singulier et les habitudes alimentaires de l’animal. « Bien que sa mâchoire supérieure soit haute et mobile, comme celle d’un perroquet, elle a la forme de celle d’une oie. Avec sa grande gueule béante et sa force de mastication, Genyornis avait la capacité d’écraser les plantes et les fruits mous avec son palais », explique la chercheuse. Son crâne massif était aussi coiffé d’une sorte de casque triangulaire osseux, potentiellement pour attirer des partenaires sexuels.

oie géante Genyornis newtoni
Vue latérale gauche d’une reconstruction artistique du crâne d’un Genyornis newtoni basée sur les archives fossiles disponibles. La barre est égale à 50 mm. Crédits : Jacob C. Blokland/Historical Biology, 2024

Des adaptations, mais pas suffisantes pour survivre

Malgré le fait que Genyornis vivait dans des régions arides, son crâne révèle qu’il était surtout adapté pour la vie en milieu aquatique, notamment avec des adaptations qui permettaient d’éviter que ses oreilles ou sa gorge puissent se remplir de liquide lorsqu’il mettait la tête sous l’eau. Aussi, les chercheurs pensent que cet animal devait sûrement déjà lutter pour sa survie avant même l’arrivée des humains en Australie.

Il y a de cela 60 000 ans, les changements climatiques avaient en effet rendu des endroits humides comme le lac Callabonna beaucoup plus secs, un phénomène qui s’est ensuite poursuivi pendant 12 000 ans jusqu’à ce que ces lieux deviennent complètement dépourvus d’eau. Et même si les pattes montrent des adaptations à ce climat changeant, cela n’aurait pas suffi à garantir la survie de l’espèce face au stress environnemental conséquent à cette époque.

Et bien sûr, avec l’arrivée de l’homme en Australie, friand des œufs de cette espèce, la survie de Genyornis devenait encore plus incertaine. Ces deux facteurs mis bout à bout poussèrent ainsi cet animal à l’extinction, menant ainsi à sa perte une lignée qui avait pourtant foulé la Terre pendant des dizaines de millions d’années. Des recherches futures pourraient toutefois offrir une analyse plus circonstanciée des phénomènes à l’heure lors de la disparition de cette giga-oie et dévoiler plus en détail leur relation avec des animaux actuels.

Vous pouvez consulter l’étude ici.