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Au contact d’une meute de loups pendant quatre ans, il nous raconte son expérience

Crédits : Corentin Esmieu (après autorisation de l'auteur)

Il y a quatre ans, Corentin Esmieu est tombé sur des loups dans une vallée des Hautes-Alpes. Depuis, il ne les a plus quittés. Il propose aujourd’hui un ouvrage photographique témoignant de ces rencontres. 

Corentin Esmieu, 25 ans, vit un rêve probablement partagé par tous les amoureux du monde animal : il suit depuis maintenant quatre ans l’évolution d’une meute de loups dans le paysage des Hautes-Alpes. Au cours de ces dernières années, le passionné, muni de son appareil et s’appuyant sur des pièges photographiques, a multiplié les observations et compilé de nombreux clichés. Ces images, il les propose aujourd’hui dans un nouvel ouvrage intitulé : Loup, une vie en meute dans les écrins, dont la préface est signée par Jean-Michel Bertrand, l’auteur de Marche avec les loups.

Pour l’occasion, Corentin Esmieu est revenu avec nous sur cette incroyable aventure, et sur les raisons de sa démarche.

Une première rencontre à 17 ans

Habitué depuis son enfance aux balades en pleine nature avec sa famille, le jeune homme a toujours été attiré par la faune sauvage. Mais un animal, semble-t-il, le captivait plus que les autres. « J’ai toujours été passionné par les loups. Déjà petit je ne ratais pas un seul reportage sur les loups du Yellowstone. Ils me fascinaient déjà par tant de beauté et de mystère…. Alors dès que les premiers loups sont arrivés chez moi, on s’est mis petit à petit sur leurs traces avec mes parents. J’étais encore trop petit à l’époque pour me balader seul ! ».

Il a fallu être patient, mais ce travail de détective a finalement porté ses fruits. C’est à 17 ans que Corentin aperçoit ses premiers loups, après avoir passé tout un été à les attendre dans un alpage. Cette épisode a changé sa vie. Dès cet instant, il met en effet tout en oeuvre pour les suivre et les observer. C’est d’ailleurs cette incroyable rencontre qui poussera cet amoureux de la nature à devenir accompagnateur en moyenne montagne.

« Je voulais partager ma passion de la faune. J’organise aujourd’hui des sorties pour aller observer les animaux, notamment le loup, explique-t-il. J’en profite également pour sensibiliser les gens sur le fragile équilibre naturel ».

Dès 2016, à force de persévérance (et de discrétion), Corentin réussit finalement à observer une première meute. Celle qu’il ne quittera plus. Il a fallu ensuite apprendre à la connaître. « J’ai passé des mois à essayer de comprendre leurs déplacements, explique-t-il. Petit à petit, grâce à mes nouvelles observations et à mes “pièges photos”, j’ai commencé à cerner leur territoire et je me suis concentré dessus ».

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Crédits : Corentin Esmieu (après autorisation de l’auteur)

Des instants de joie, mais pas que…

Plus le temps passait et plus Corentin en apprenait sur la meute (c’est encore le cas aujourd’hui).

« Ces recherches m’ont amené à identifier, plusieurs années de suite, les différentes tanières et autres “sites de rendez vous” (les endroits où les adultes laissent les louveteaux pendant qu’ils partent chasser ou prospecter sur leur territoire). J’ai donc pu observer les plus jeunes grandir, loin des Hommes, encore inconscients des dangers qu’ils allaient avoir à surmonter pour rester en vie ».

Il y a eu beaucoup d’instants joyeux, explique-t-il, mais également des expériences traumatisantes. « J’en ai malheureusement vu beaucoup mourir aussi, tués par des louvetiers (les personnes habilitées à réaliser des prélèvements), ou par des voitures ». Corentin évoque des « moments vraiment difficiles à gérer », doublés d’un véritable « sentiment d’impuissance ».

Malgré ces pertes, le couple dominant est resté uni et la femelle, chaque année, a mis au monde une nouvelle portée de louveteaux. « Il y en a eu deux, puis sept, puis quatre, souligne Corentin. Actuellement, la meute compte six individus ». Du moins, aux dernières nouvelles. « Avec le confinement, dit-il, le suivi n’est plus du tout possible. Donc j’espère les retrouver tous à mon retour ! ».

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Crédits : Corentin Esmieu (après autorisation de l’auteur)

Au travers de cet ouvrage, Corentin nous décrit une vie en meute, une vie de famille au sein de laquelle tous les membres sont très proches. Il espère ainsi changer notre regard porté sur cet animal qui, loin d’être “l’archétype du mal” souvent dépeint dans les contes pour enfants, n’est qu’un prédateur parmi les prédateurs qui tente, comme il peut, de survivre dans un monde de plus en plus hostile.

LOUP – UNE VIE EN MEUTE DANS LES ÉCRINS