in

Atlantique Nord : une hausse ‘surprenante’ du nombre de cyclones tropicaux depuis 1850

Crédits : Wikimedia Commons.

Contrairement au reste du globe, l’Atlantique Nord connaît une augmentation sensible du nombre de cyclones tropicaux depuis le début de la révolution industrielle. C’est en tout cas ce qu’appuient de nouveaux travaux publiés dans la revue Nature communications ce 2 décembre. L’origine de cette évolution spécifique au bassin nord-atlantique reste cependant assez mal comprise.

Une des questions qui revient souvent au sujet du réchauffement climatique concerne la façon dont il affecte et affectera les cyclones tropicaux. Si l’on peut désormais affirmer avec confiance que leur intensité ira en grandissant, en particulier en ce qui concerne les catégories les plus élevées, la question est en revanche moins évidente au sujet de leur fréquence.

Verra-t-on une augmentation, une diminution ou au contraire une stabilité du nombre de cyclones tropicaux à l’échelle mondiale ? Et qu’en est-il lorsque l’on considère un bassin océanique donné ? Pour tenter de répondre à ces interrogations, une piste consiste à regarder comment les tempêtes en question ont évolué depuis la révolution industrielle.

Un historique des cyclones qui se précise 

Le suivi systématique de ces phénomènes n’a commencé qu’avec l’arrivée des satellites à la fin des années 1970. Même dans l’Atlantique Nord qui est historiquement le bassin le mieux surveillé, les archives s’accompagnent d’une importante incertitude vis-à-vis de leur représentativité. En effet, une partie des tourbillons a de toute évidence échappé aux observateurs de l’époque. Elles suggèrent néanmoins qu’une hausse du nombre de cyclones tropicaux, dont ceux majeurs et touchant terre, est survenue depuis le milieu du dix-neuvième siècle.

cyclones tropicaux
Évolution des cyclones tropicaux (étage du milieu), des cyclones tropicaux majeurs (étage du bas) et de ceux touchant terre (étage du haut) selon trois réanalyses (colonnes). La courbe bleue correspond aux données historiques et celle en rouge au modèle d’ouragans intégré aux réanalyses (marge d’erreur en rouge clair). Crédits : Kerry Emanuel, 2021.

Or, une nouvelle étude menée par le célèbre climatologue et spécialiste des ouragans Kerry Emanuel appuie et prolonge cette conclusion. En effet, en tirant parti d’une méthodologie novatrice, elle vient confirmer ce que montrent les archives historiques. Ces dernières seraient donc suffisamment précises pour donner une idée fiable de l’évolution du nombre d’ouragans dans l’Atlantique Nord au cours du siècle passé.

« Les données indiquent, comme l’ont fait les archives d’origine, une augmentation à long terme de l’activité des ouragans dans l’Atlantique Nord, mais aucun changement significatif à l’échelle mondiale », détaille Kerry Emanuel. « Cela va certainement changer l’interprétation des effets du climat sur les ouragans, qu’il existe une dépendance régionale et que quelque chose de différent du reste du globe est arrivé à l’Atlantique Nord. Cela peut avoir été causé par le réchauffement climatique qui n’est pas nécessairement global et uniforme ».

ouragans
Image satellite du 23 août 2020 avec l’ouragan Marco en haut à gauche et la tempête tropicale Laura en bas à droite. Crédits : Wikimedia Commons.

Une augmentation qui reste à expliquer

La méthode utilisée par le chercheur consiste à intégrer un modèle d’ouragans à des réanalyses climatiques, c’est-à-dire des simulations contraintes par les observations et destinées à reconstruire le plus fidèlement possible l’évolution passée de l’atmosphère. En effectuant ce couplage à l’échelle globale, il a pu retracer avec plus de précision l’activité des ouragans depuis 150 ans. « Il y a eu cette augmentation assez importante de l’activité dans l’Atlantique depuis le milieu du dix-neuvième siècle, à laquelle je ne m’attendais pas », note l’auteur de l’étude.

Un autre point important du papier est la confirmation de l’étonnante baisse d’activité dans ce même bassin entre les années 1960 et 1980. Selon le scientifique et son équipe, elle serait liée aux émissions anthropiques de particules sulfatées qui atteignaient alors leur pic. Comme ces aérosols réfléchissent bien le rayonnement solaire, ils ont introduit un refroidissement temporaire des températures de surface de la mer qui a vraisemblablement atténué les processus de cyclogenèse tropicale.

« Nous sommes plus convaincus de la raison pour laquelle il y a eu ce déficit d’ouragans que de la raison pour laquelle il y a une augmentation continue et à long terme de l’activité qui a commencé au dix-neuvième siècle », confesse Kerry Emanuel. « C’est toujours un mystère, et cela pèse sur la question de savoir comment le réchauffement climatique pourrait affecter les ouragans futurs dans l’Atlantique ».