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Atlantique : le changement climatique va littéralement doper les cyclones tropicaux

Crédits : Creative Commons - CC0.

Le réchauffement climatique dû à l’utilisation croissante d’énergies fossiles va littéralement doper la saison des ouragans dans l’Atlantique Nord. En effet, selon une étude récemment parue dans la revue Geophysical Research Letters, le nombre et l’intensité des cyclones tropicaux sont promis à une importante augmentation au cours du siècle. Une perspective qui ne sera pas démentie par les saisons déjà enregistrées ces dernières années.

La saison des ouragans de l’Atlantique Nord s’étend officiellement du 1er juin au 30 novembre. Si des tempêtes ou des ouragans peuvent se former à n’importe quel moment de l’année, c’est dans cette fenêtre que survient la très grande majorité d’entre eux, et la quasi-totalité des ouragans majeurs. Or, les années passent et ne se ressemblent pas. Tandis que certaines sont extrêmement actives, d’autres sont au contraire anormalement calmes (inactives).

Un des grands facteurs qui explique cette variabilité interannuelle est l’oscillation climatique El Niño / la Niña. En effet, lors des années El Niño, la configuration des vents dans l’Atlantique tropical complique le développement des systèmes cycloniques. D’une certaine manière, l’environnement est plus hostile. À l’inverse, lors des années La Niña, le régime de vent favorise leur survenue. Les experts parlent plus précisément de cisaillement vertical pour décrire ce facteur.

Des cyclones à la fois plus intenses et plus nombreux

Comment les cyclones tropicaux et leurs fluctuations interannuelles évolueront avec le changement climatique ? C’est la question abordée par un groupe de chercheurs du Lawrence Berkeley National Laboratory (États-Unis), lesquels ont tiré parti du supercalculateur hébergé par le département de l’énergie des États-Unis nommé E3SM, un acronyme pour Energy Exascale Earth System Model.

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Anomalies de températures de surface de la mer lors des années défavorables (a) et favorables (b) aux cyclones tropicaux dans l’Atlantique Nord. On note la configuration El Niño et La Niña, respectivement. Crédits : Ana C. T. Sena & coll. 2022.

Les simulations effectuées par le supercalculateur exaflopique – une capacité de calcul avoisinant un milliard de milliards d’opérations par seconde – révèlent que dans l’Atlantique Nord, le réchauffement climatique s’accompagnera à la fois d’une augmentation du nombre et de l’intensité des cyclones tropicaux. Plus précisément, la fréquence des ouragans devrait augmenter de 66 % durant les années actives et de 34 % durant les années inactives.

« Malheureusement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour les personnes qui vivent dans les régions côtières », note Christina M. Patricola, coauteure de l’étude. « Les saisons des ouragans de l’Atlantique deviendront encore plus actives à l’avenir, et les ouragans seront encore plus intenses. Tout ce qui peut être fait pour freiner les émissions de gaz à effet de serre sera utile pour réduire ce risque ».

Un environnement rendu plus favorable par le réchauffement

La hausse de fréquence et d’intensité des ouragans est liée à une diminution du cisaillement vertical du vent, aussi bien pendant les saisons actives qu’inactives, ainsi qu’à une hausse de l’humidité en moyenne troposphère et à des températures de surface de la mer plus élevées. Comme ces conditions se superposent à un environnement déjà très favorable lors des années actives, les hausses de fréquence et d’intensité sont plus marquées qu’au cours des années inactives.

« Ces résultats mettent en lumière l’importance de prendre en compte les changements non seulement dans la moyenne, mais aussi dans la variabilité d’une année sur l’autre, lors de l’analyse des projections futures de l’activité des cyclones tropicaux », note l’étude dans son résumé.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".