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Atlantique : l’arrêt de la circulation thermohaline pourrait survenir plus tôt que prévu

Crédits : Sybren Drijfhout, Nature.

Si une quantité suffisamment importante d’eau de fonte est libérée dans le nord de l’Atlantique, la circulation thermohaline de la région menace de s’interrompre. Un évènement qui amènerait des perturbations régionales potentiellement dramatiques. Désormais, de nouveaux travaux notent que cela pourrait également survenir avec un apport d’eau de fonte bien plus limité. Des résultats inquiétants publiés dans la revue scientifique PNAS ce 2 mars. 

Dernièrement, des chercheurs ont indiqué que le système de courants marins dont fait partie le Gulf Stream accusait un ralentissement sans précédent depuis au moins un millénaire. Leur étude axée sur les 1600 dernières années confirme et prolonge ainsi l’idée d’un affaiblissement récent très atypique et attribuable au dérèglement climatique d’origine humaine. Pour plus de précisions sur ces nouveaux résultats, vous pouvez consulter notre article dédié.

Circulation thermohaline et points de bifurcation

Cette étude est sortie à peu près au même moment que celle de Johannes Lohmann et Peter D. Ditlevsen. Dans cette dernière, les auteurs se sont concentrés plus spécifiquement sur le risque d’effondrement de la circulation océanique de l’Atlantique nord (AMOC en anglais). Voyons un peu plus en détail ce que l’on entend par là.

Comme l’extension polaire du Gulf Stream dépend de la plongée d’eaux froides et salées au niveau des mers nordiques, l’injection grandissante d’eau douce par la fonte des glaces provoque son ralentissement. Or, les scientifiques savent que ce système de circulation est instable. Aussi, à force de ralentir, il risque d’atteindre un seuil critique signant le basculement brutal vers une configuration très différente. On parle aussi de bifurcation. Un phénomène très largement irréversible qui aurait des conséquences dramatiques pour de nombreuses régions du monde.

circulation thermohaline

Résumé schématique de la découverte faite par les chercheurs. Crédits : University of Copenhagen.

Néanmoins, savoir où se situe précisément ce seuil n’est pas une mince affaire. Par ailleurs, il est très probable qu’il en existe même plusieurs. Dans leur papier, les chercheurs ont utilisé un modèle océanique pour mieux comprendre la physique sous-jacente. Au terme de leur travail, ils ont découvert que la marge de sécurité – la zone située en dehors du domaine de bascule – est plus étroite que ce que l’on pensait. Dit autrement, la circulation océanique serait moins résiliente aux perturbations qui s’y appliquent.

Une marge de sécurité plus étroite que prévu

Jusqu’à présent, les climatologues pensaient que pour provoquer un effondrement de la circulation atlantique, une importante masse d’eau de fonte devait être libérée. Cependant, Johannes Lohmann et Peter D. Ditlevsen ont montré qu’une quantité bien plus limitée est suffisante si la vitesse d’injection est assez rapide. Ainsi, un effondrement est possible alors même qu’aucun seuil n’est atteint en termes de fonte des glaces. « C’est une nouvelle inquiétante », indique Johannes Lohmann, auteur principal de l’étude. Pour imager, c’est un peu la différence entre vider un arrosoir progressivement sur des plantations ou libérer toute l’eau d’un seul coup. On conçoit assez aisément que les réactions ne sont pas les mêmes.

Finalement, la vitesse à laquelle nous émettons des gaz à effet de serre et dont le climat se réchauffe oblige à considérer ces résultats avec le plus grand des sérieux. « Ces points de bascule ont déjà été montrés dans des modèles climatiques, où l’eau de fonte est introduite très lentement dans l’océan », détaille l’auteur principal. « En réalité, les augmentations d’eaux de fonte du Groenland s’accélèrent et ne peuvent être considérées comme lentes ». Aussi, l’étude précise dans son résumé que « la dynamique chaotique du climat rend un tel effondrement difficile à prévoir ». Une raison supplémentaire de limiter autant que faire se peut notre impact climatique.

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