in

L’astuce des campagnols pour mieux surveiller leurs prédateurs

Crédits : Bogomolov.PL

Les campagnols sont vulnérables à tout un tas de prédateurs, en particulier les oiseaux. Pour augmenter leurs chances de survie, ces petits rongeurs ont développé une technique intéressante. Chaque fois que les pies-grièches se font entendre, ils coupent l’herbe autour d’eux pour mieux surveiller les assaillants.

Les interactions prédateur-proie sont des forces omniprésentes qui structurent les communautés écologiques. Bien qu’il soit bien établi que les changements dans la structure de l’habitat peuvent altérer l’efficacité des comportements prédateurs et anti-prédateurs, on sait encore peu de choses sur les conséquences de l’activité d’ingénierie par les espèces proies qui modifient l’environnement extérieur pour réduire leur propre risque de prédation.

Dans le cadre d’une étude menée sur le terrain, une équipe s’est intéressée au cas des campagnols de Brandt (Lasiopodomys brandtii), également appelé campagnol des steppes. Vous retrouverez ces petits rongeurs dans certaines parties de la Chine, de la Russie et de la Mongolie. Ils évoluent principalement dans les prairies, en familles, où ils creusent des terriers à plusieurs entrées.

Les campagnols y sont chassés par les pies-grièches, un genre de passereaux. Ces oiseaux ne sont pas très grands (entre 18 et 25 cm), mais ils sont connus pour être particulièrement féroces. La plupart des espèces sont également connues pour empaler leurs proies (insectes, petits reptiles, voire de petits campagnols) sur une épine ou une branche pointue. Les victimes agonisent alors, avant d’être mangées plus tard.

campagnols
Une pie-grièche grise. Crédits : Marek Szczepanek

Dégager la vue

Pour cette étude, l’équipe dirigée par Zhiwei Zhong, de l’Université normale du Nord-Est en Chine, a voulu voir comment les campagnols tentaient de se protéger de ces pies-grièches. Ils ont alors observé un comportement intéressant : lorsque des cris des oiseaux sont entendus, les campagnols passent beaucoup de temps à couper les hautes herbes touffues. Ces rongeurs ne consomment pas l’herbe touffue. Ils la coupent simplement pour avoir une meilleure vue sur les environs, et donc sur leurs prédatrices.

« Lorsque les pies-grièches étaient présentes, les campagnols réduisaient considérablement le volume des graminées touffues« , souligne en effet Dirk Sanders, l’un des coauteurs de l’étude. Autrement dit, les campagnols semblent modifier leur écosystème et changer la structure de l’habitat afin d’augmenter leurs chances de survivre à la prédation. Lorsqu’il n’y avait plus de pies-grièches, les campagnols arrêtaient de couper l’herbe.

Les chercheurs ont également observé que les pies-grièches tenaient compte de ces comportements préventifs, passant moins de temps à chasser dans les zones où il y a beaucoup de graminées touffues coupées. Ainsi, ces oiseaux considèrent ces zones plus ouvertes comme de mauvais terrains de chasse. « Une activité comme celle-ci est coûteuse pour les campagnols en termes d’énergie, il doit donc y avoir une forte « pression de sélection » pour les amener à le faire« , ajoute le chercheur. Autrement dit, le fait de tondre l’herbe doit améliorer considérablement leurs chances de survie. »

L’étude pourrait être une mauvaise nouvelle pour les campagnols. Dans certaines régions, ils sont en effet considérés comme des ravageurs. Pour s’en débarrasser, certains pourraient alors planter plus de graminées pour attirer les pies-grièches dans les zones où la gestion des rongeurs est jugée nécessaire.