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De la ceinture d’astéroïdes au Botswana, un voyage de 22 millions d’années

Crédits : NASA

Des chercheurs ont reconstruit le voyage d’une roche spatiale avant qu’elle n’explose au-dessus de l’Afrique australe en 2018, et que l’un de ces morceaux ne termine Botswana. 

Nous sommes le 2 juin 2018, au petit matin. Le télescope du Catalina Sky Survey, qui avait repéré l’intrus huit heures plus tôt, observe un petit astéroïde en train de fendre l’atmosphère. Il finit par exploser au-dessus de l’Afrique.

Sur le moment, on ne sait pas précisément où les restes, si il en a, ont pu retomber. La zone de recherche initiale s’étend sur plus de 2 000 km carrés au Botswana. Dans l’espoir de la réduire, une équipe rend visite à plusieurs hôtels et autres stations-service pour analyser des images de caméras de sécurité ayant possiblement enregistré la boule de feu. Résultat : le point de chute se trouve dans la réserve de gibier du Kalahari central.

Une véritable chasse au trésor

Il faut donc se rendre sur place, et vite. D’un diamètre d’environ 1,5 mètre et pesant à peu près le même poids qu’un éléphant d’Afrique adulte, ce rocher spatial ne constituait aucune menace. En revanche, le fait de tomber sur de tels objets aussi rapidement peut être une aubaine, dans la mesure où le taux de contamination terrestre reste faible. Leur étude pourrait en effet permettre, entre autres, d’identifier leur nature.

Naturellement, partir à la chasse aux météorites dans un tel environnement n’est pas très sécurisant. Entre les lions et les léopards, les menaces sont sérieuses.

L’équipe d’experts, composée de chercheurs du Botswana, d’Afrique du Sud, de Finlande et des États-Unis, fait alors appel aux gardiens du Département de la faune et des parcs nationaux du Botswana pour les protéger dans leur quête au lendemain de l’explosion. On n’est jamais trop prudent. D’autant que les recherches promettent de ne pas être simples. En effet, les météorites se confondent souvent avec des excréments d’animaux.

Ce n’est que le 23 juin, dernier jour de la mission de recherche initiale, que la première météorite sera trouvée – un petit morceau d’astéroïde pesant moins de trente grammes. Il a depuis été nommé Motopi Pan, d’après un point d’eau local. Finalement, la récolte fut bonne. Au cours des mois suivants, d’autres morceaux de cette roche seront isolés. En novembre 2020, l’équipe en comptait vingt-quatre.

Grâce à la géologie révélatrice de ces restes rocheux, aux observations de leur trajectoire vers la Terre et aux souvenirs d’un vaisseau de la NASA, les astronomes ont récemment pu retracer son histoire de manière assez précise. Leurs travaux ont été publiés il y a quelques jours dans la revue Meteoritics & Planetary Science.

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Un fragment de l’astéroïde isolé dans la réserve de gibier du Kalahari central au Botswana, en 2018. Crédits : P. Jenniskens/Institut SETI

Un voyage de 22 millions d’années

Notre cher visiteur intégrait jadis la composition d’un gigantesque astéroïde nommé Vesta. Vous le retrouverez dans la ceinture d’astéroïdes, qui enroule notre étoile entre les orbites de Mars et Jupiter. Nous le savons grâce à la sonde Dawn, de la NASA, qui a documenté la géologie de l’objet entre 2011 et 2012.

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L’astéroïde Vesta. Crédits : NASA/JPL-Caltech/UCLA/MPS/DLR/IDA

Il y a environ vingt-deux millions d’années, un autre astéroïde s’est alors écrasé sur Vesta. Nous le savons car les rayons cosmiques impriment des traces sur les astéroïdes en altérant leurs noyaux atomiques. Ici, les traces indiquaient que l’objet explosé au-dessus de la Terre avait baigné dans ce rayonnement pendant vingt-deux millions d’années.

Cet impact a libéré dans l’espace d’innombrables fragments de l’objet. C’est l’un de ces fragments qui, en 2018, finira par exploser au-dessus de l’Afrique australe, après un long voyage solitaire.