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Asie : 800 ans de variabilité des cours d’eau révélés par les cernes des arbres

Crédits : Pixabay.

Grâce à l’analyse de cernes d’arbres, des chercheurs de l’University of Technology and Design de Singapour ont pu reconstruire les fluctuations du débit des cours d’eau asiatiques sur les 8 derniers siècles. Des résultats publiés dans la revue Water Resources Research qui permettront de mieux éclairer les prises de décisions dans le domaine de la gestion de l’eau – un enjeu majeur pour les pays d’Asie du sud.

La région d’Asie du sud abrite 10 des plus grands fleuves du monde. Dans cette partie du globe où près de 2 milliards de personnes dépendent directement de la ressource en eau, toute diminution du débit des rivières peut avoir des impacts socio-économiques et sanitaires dramatiques. Aussi, il apparaît nécessaire de comprendre comment ces sources fluctuent de l’échelle décennale à multiséculaire. Ceci, afin de mieux éclairer les prises de décisions dans le domaine de la gestion de l’eau. En particulier en période de changement climatique.

Des cours d’eau qui fluctuent de façon cohérente

Les données obtenues par les chercheurs montrent comment le débit annuel de 41 rivières réparties sur 16 pays de la région a fluctué entre 1200 et 2012. « Nos résultats révèlent que les fleuves d’Asie se comportent de manière cohérente. De grandes sécheresses et de grandes périodes pluviales se sont souvent produits simultanément dans les bassins adjacents ou voisins » explique Nguyen Tan Thai Hung, auteur principal de l’étude. « Parfois, les sécheresses s’étendaient depuis le Godavari en Inde jusqu’au Mékong en Asie du sud-est. Cela a des implications importantes pour la gestion de l’eau, en particulier lorsque l’économie d’un pays dépend de plusieurs bassins fluviaux, comme dans le cas de la Thaïlande ».

cours d'eau
Anomalie du débit des rivières de 5 régions clés d’Asie. CA = Asie centrale, EA = Asie de l’est, CN = Chine de l’est, SEA = Asie du sud-est et SA = Asie du sud. Les données s’étendent de 1200 à 2012. En brun, les déficits et en vert, les excédents. Crédits : Hung T.T. Nguyen & al. 2020.

Cette variabilité de grande échelle est intimement liée à celle de la mousson. Par exemple, lorsque le Pacifique connaît des évènements El Nino, les précipitations tendent à être déficitaires en Asie du sud. Inversement pour les évènements La Nina. Toutefois, les scientifiques ont démontré que cette relation n’est pas stationnaire dans le temps. En effet, la relation n’est – par exemple – pas visible durant la première partie du 20e siècle. La variabilité des rivières asiatiques dépend en fait de facteurs multiples parmi lesquels figurent le Pacifique, mais aussi l’Atlantique et l’océan Indien. La surface continentale joue également un rôle important car elle se réchauffe plus ou moins vite selon l’état du sol – anormalement humide, sec, etc. Enfin, les éruptions volcaniques majeures induisent aussi une signature sur le régime des pluies.

Le cas de l’ASEAN Power Grid

« Cette recherche est d’une grande importance pour les décideurs politiques. Nous devons savoir où et pourquoi le débit des rivières a changé au cours du dernier millénaire pour prendre de grandes décisions sur les infrastructures dépendant de l’eau » précise Stefano Galelli, co-auteur du papier. « Un tel exemple est le développement de l’ASEAN Power Grid, un réseau conçu pour interconnecter un système de centrales hydroélectriques, thermoélectriques et d’énergie renouvelable dans tous les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est. Nos archives montrent que les méga-sécheresses ont frappé simultanément plusieurs sites de production d’électricité. Nous pouvons donc maintenant utiliser ces informations pour concevoir un réseau moins vulnérable lors d’événements extrêmes ».

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