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Les îles Féroé ont été colonisées avant l’arrivée des Vikings

Crédits : Jostein Bakke/Université de Bergen

Nous pensions que les Vikings étaient arrivés sur les îles Féroé vers l’an 850 de notre ère. De l’ADN séculaire collecté au fond d’un lac fait cependant aujourd’hui reculer l’horloge de l’occupation humaine de l’archipel. Visiblement, il y avait déjà du monde vers l’an 500. Les détails de l’étude ont été publiés dans la revue Nature Communications Earth & Environment.

Situées entre l’Islande, la Norvège et les îles britanniques, les îles Féroé ont été un tremplin pour l’exploration viking à travers l’Atlantique Nord. Le consensus général est que les Scandinaves ont été les premiers humains à s’installer sur place entre l’an 800 et l’an 900. Malgré de nombreuses preuves archéologiques pointant vers l’occupation scandinave initiale des îles Féroé au IXe siècle, il existe des preuves indirectes suggérant que une occupation plus précoce.

Une histoire pleine de doutes

En l’an 825, un moine irlandais mentionnait notamment par écrit que certaines « îles du nord » avaient été colonisées par des ermites depuis au moins cent ans. De plus, de nombreux noms de lieux aux Féroé dérivent de mots celtiques. Des inscriptions funéraires celtiques ont également été identifiées sur place.

La génétique de la population moderne des Féroé est également fortement asymétrique entre l’ascendance paternelle et maternelle. Alors que la lignée paternelle est principalement scandinave, la lignée maternelle est principalement originaire des îles britanniques. D’autres régions de l’Atlantique Nord présentent également cette asymétrie, mais elle reste beaucoup plus marquée aux îles Féroé, ce qui suggère qu’il y avait potentiellement une population préexistante d’ascendance principalement britannique.

Cependant, ces données ne certifient pas pour autant une présence humaine avant l’arrivée des Vikings. Le texte du moine irlandais ne fait en effet peut-être pas référence directement aux îles Féroé. Quant aux références celtiques mentionnées ci-dessus, rappelons qu’en l’an 800, les Vikings étaient déjà actifs dans les îles britanniques. Aussi, ils étaient déjà influencés par la culture celtique et auraient pu faire venir des femmes des îles britanniques aux îles Féroé.

Plus récemment, le débat concernant la colonisation précoce des îles Féroé a été relancé lors de la découverte de quelques grains d’orge carbonisés d’un âge moyen pondéré de l’an 351 à 543 sur un site archéologique de l’île de Sandoy. Leurs analyses ont révélé qu’une certaine forme d’établissement humain existait sur les îles Féroé avant l’arrivée des Scandinaves.

Cependant, jusqu’à présent, aucune autre preuve archéologique supplémentaire ne permettait de confirmer l’arrivée précoce des humains aux îles Féroé avant les Vikings, d’où l’intérêt de cette étude.

îles féroé
Crédits : mikkelwejdemann/Pixabay

Des moutons sur place au moins 300 ans plus tôt

Les carottes de sédiments peuvent fournir des contraintes précieuses concernant la première arrivée d’humains aux îles Féroé. Alors que la nature des enregistrements archéologiques les rend fragmentaires dans le temps, les archives sédimentaires fournissent en effet des enregistrements continus de l’histoire environnementale d’un paysage.

Dans le cadre de récents travaux, des chercheurs de l’Université Columbia ont donc collecté des sédiments au fond d’un lac de la grande île d’Eysturoy. À l’intérieur, ils ont découvert des restes fécaux contenant encore de l’ADN exploitable. Cet ADN n’appartenait pas à des humains, mais à des moutons ayant évolué vers l’an 500 de notre ère (entre 492 et 512). Ces dates ont été déterminées en fonction de la profondeur des couches de sédiments. Une couche de cendres provenant d’une éruption volcanique connue pour s’être produite en 877 de notre ère a fourni un horodatage distinctif.

« Nos résultats fournissent la preuve que des gens ont occupé les îles Féroé et introduit du bétail au moins trois cents ans avant le début de la colonisation accepté des Scandinaves« , souligne William D’Andrea, principal auteur de l’étude. Quant à savoir qui étaient ces premiers explorateurs, l’équipe a déclaré qu’ils auraient pu être des Celtes, mais ce n’est pas certain. Il est également possible que les Vikings aient été en réalité présents plus tôt qu’on ne pensait.