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Arctique : pourquoi ces précieux lacs disparaissent-ils ?

Vue aérienne d'un lac arctique presque totalement asséché. Crédits : David Swanson / National Park Service.

Après avoir analysé un ensemble de données satellitaires à haute résolution, des chercheurs ont mis en évidence un assèchement pour le moins inattendu des lacs arctiques depuis le début des années 2000. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Climate Change le 29 août dernier.

Dans un article récent, nous évoquions le réchauffement particulièrement rapide de l’Arctique avec un rythme d’élévation des températures près de quatre fois supérieur à celui de la moyenne mondiale. Cette évolution fulgurante du climat polaire a des conséquences multiples, dont certaines commencent seulement à être identifiées par les scientifiques. C’est par exemple le cas pour les lacs qui entourent le bassin arctique, de l’Alaska à la Sibérie, en passant par le Canada et le nord de l’Europe.

Un assèchement inattendu des lacs en Arctique

Au cours des vingt dernières années, ces étendues d’eau précieuses pour la biodiversité locale et les peuples autochtones se sont asséchées, voire ont disparu. Ce phénomène est d’autant plus surprenant que les scientifiques s’attendaient plutôt à une croissance des lacs de hautes latitudes dans le cadre du réchauffement climatique. Et pour cause, on pensait que le dégel du pergélisol allait favoriser leur remplissage. Or, c’est précisément le contraire qui se produit.

L’étude montre que si le processus censé augmenter le remplissage des lacs est bien présent, il est plus que compensé par un mécanisme de drainage. Ainsi, en augmentant le drainage et l’érosion des sols, le dégel du pergélisol contribue finalement à diminuer la surface lacustre, ce qui s’exprime dans certains cas par la disparition totale des étendues d’eau. Autre fait étonnant : outre le réchauffement, l’augmentation des précipitations pilote aussi bien cette évolution.

pergélisol Sibérie lacs
Crédits : Alexandra Loginova.

« Il peut sembler contre-intuitif que l’augmentation des précipitations réduise les eaux de surface », rapporte Jeremy Lichstein, coauteur de l’étude. « Cependant, il s’avère que l’explication physique figurait déjà dans la littérature scientifique. L’eau de pluie transporte la chaleur dans le sol et accélère le dégel du pergélisol, ce qui peut ouvrir des canaux souterrains qui drainent la surface ». Autrement dit, les modèles utilisés jusqu’à présent ont nettement sous-estimé ce processus.

Un signe de dégel rapide dont l’impact reste à préciser

Compte tenu des quantités astronomiques de carbone stockées dans les sols gelés de l’Arctique, la question qui se pose est de savoir si cette découverte implique un dégel du pergélisol plus rapide que prévu et donc un risque plus élevé de rejets de dioxyde de carbone ou de méthane vers l’atmosphère. « Nos résultats suggèrent que le dégel du pergélisol se produit encore plus rapidement que nous ne l’avions collectivement prévu », souligne Elizabeth E. Webb, auteure principale de l’étude.

Quant à savoir si la vidange et l’assèchement des lacs peuvent amplifier encore un peu plus le rythme de dégel du pergélisol ou, au contraire, le tempérer, les scientifiques restent prudents. « On ne sait pas exactement quels sont les tenants et les aboutissants, mais nous savons que l’expansion des lacs entraîne des pertes de carbone d’ordres de grandeur plus élevés que dans les régions environnantes », rapporte la chercheuse.

Quoi qu’il en soit, pour espérer ralentir cette évolution menaçante, il n’y a qu’une seule solution : diminuer les émissions de gaz à effet de serre le plus rapidement possible, une trajectoire que le monde ne semble toujours pas avoir empruntée.