Reconstitution de deux arbres généalogiques néolithiques vastes en France

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Les carrés et les cercles en pointillés représentent des individus masculins et féminins, respectueusement, qui n'ont pas été trouvés sur le site ou dont les restes manquaient d'ADN significatif. Crédits : Dessin d'Elena Plain/Université de Bordeaux / PACEA

Une équipe d’archéologues franco-allemande a récemment analysé de l’ADN ancien extrait dans les restes de plusieurs dizaines d’individus morts il y a près de 9 000 ans en France. Ces données ont permis de reconstituer deux arbres généalogiques néolithiques élaborés qui s’étendent sur plusieurs générations, ce qui en fait le plus grand registre humain ancestral jamais reconstitué. L’équipe décrit un groupe de parents proches qui pratiquait la monogamie et l’exogamie féminine.

Le site de Gurgy

La période du néolithique, apparue au Proche-Orient il y a environ 12 000 ans, se caractérise par le passage d’un mode de vie de chasseur-cueilleur à un mode de vie basé sur l’agriculture. Les conséquences de ce changement ont été nombreuses. Parmi elles figure l’apparition de nouvelles coutumes sociales qui se reflètent parfois aussi dans le monde funéraire.

En France, la région du Bassin parisien est connue pour ses grands sites du genre. Celui de Gurgy est le plus important. Situé à environ sept kilomètres au sud-est d’Auxerre et daté d’environ 6 700 ans avant notre ère, il comprend des tombes individuelles et collectives. La plupart contenaient des objets funéraires tels que des poteries, des outils en silex et des parures en coquillages.

Le site est régulièrement fouillé depuis le milieu des années 2000. Ces travaux ont permis d’obtenir des informations précieuses sur les modes de vie et les coutumes funéraires de ces anciennes communautés. Plus récemment, des chercheurs ont pu extraire et analyser de l’ADN ancien, nous permettant ainsi de mieux appréhender les différentes relations entre ces individus.

Pour ce travail, des archéologues ont étudié les génomes de 94 des 128 individus dont les ossements ont été récupérés sur le site. Le reste n’était pas suffisamment conservé pour en extraire de l’ADN exploitable. « Pour estimer la parenté biologique entre individus, nous avons utilisé deux méthodes (READ et lcMLkin) qui conviennent aux données ADN à faible couverture« , note l’étude publiée dans la revue Nature. « Ces deux méthodes peuvent détecter de manière fiable la parenté jusqu’au deuxième degré et différencier entre relations parent-enfant et frères et sœurs au premier degré« .

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Deux des squelettes enterrés sur le site. Crédits : Stéphane Rottier

Un modèle patrilinéaire avec une exogamie féminine

Les chercheurs ont pu reconstruire deux arbres généalogiques. Le premier semble connecter 64 individus sur sept générations. C’est le plus grand connu à ce jour. Le second contenait douze personnes de cinq générations. Par ailleurs, un « modèle patrilinéaire » aurait émergé. Autrement dit, les générations semblaient liées par la lignée masculine des descendants. Les chercheurs ont également remarqué que si les hommes restaient dans la communauté dans laquelle ils étaient nés, les femmes avaient visiblement tendance à quitter les lieux pour s’installer ailleurs. Celles enterrées sur place n’étaient pas apparentées et venaient donc d’ailleurs. Ce modèle pourrait expliquer l’absence de consanguinité entre les individus également relevée par les chercheurs.

Les scientifiques ont également découvert que tous les descendants de l’un des deux arbres généalogiques provenaient d’un seul « père fondateur ». « Son enterrement est unique sur le site, car ses restes squelettiques ont été enterrés comme dépôt secondaire dans la fosse funéraire d’une femme pour laquelle, malheureusement, aucune donnée génomique n’a pu être obtenue« , peut-on lire dans un communiqué. Le fait que son squelette ait été déterré de sa fosse d’origine, rapatrié, puis enterré à Gurgy signifie qu’il devait donc représenter une personne de grande importance aux yeux des autres membres de sa communauté.

Enfin, un autre aspect intéressant de cette communauté était qu’elle manquait de demi-frères et soeurs, et que les fils et les filles partageaient les mêmes parents. Cela suggère que les membres de ce groupe familial n’étaient pas polygames, mais plutôt monogames.