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Ces araignées se catapultent pour échapper au cannibalisme sexuel

Crédits : Shichang Zhang

Pour un type d’araignée originaire de l’Est asiatique, le processus d’accouplement se clôture par un final spectaculaire. Le mâle se catapulte en effet du corps de la femelle à une vitesse folle pour ne pas être dévoré. Cette manœuvre audacieuse a récemment fait l’objet d’une étude publiée dans Current Biology.

Dans le monde animal, de nombreux mécanismes décrits permettent des actions ou des réactions extrêmement rapides grâce au stockage lent de l’énergie (le plus souvent dans des structures élastiques) qui est ensuite libérée quasi instantanément. Beaucoup de ces mécanismes semblables au fonctionnement d’une catapulte sont utilisés pour la capture de proies ou pour éviter les prédateurs. C’est notamment le cas pour certaines espèces de crevettes ou de fourmis. Cependant, de telles actions ultra-rapides n’avaient jusqu’à présent jamais été décrites comme un moyen d’esquiver le cannibalisme sexuel. C’est désormais chose faite.

Dans le cadre d’une étude, une équipe dirigée par Shichang Zhang, de l’Université du Hubei à Wuhan, a en effet observé ce phénomène chez une espèce d’araignées retrouvée au Japon, à Taïwan, en Corée du Sud et en Chine.

Se catapulter pour ne pas être dévoré

Chez les araignées Philoponella prominens, les mâles ne mesurent que trois millimètres de long, tandis que les femelles mesurent environ le double. Ces arthropodes vivent en colonies pouvant contenir plus de deux cents araignées dans un vaste réseau de toiles.

En observant l’une de ces colonies à Wuhan il y a trois ans, les chercheurs ont remarqué qu’après l’accouplement, certains mâles s’extirpaient du corps de leur partenaire à une vitesse folle. Le phénomène est d’ailleurs si rapide qu’il est quasiment invisible à l’oeil nu ou aux yeux des caméras ordinaires. L’équipe a donc décidé de l’examiner de plus près au moyen d’une instrumentation spécialisée.

Dans le cadre d’une étude, les chercheurs ont collecté environ 600 spécimens et mené 155 essais d’accouplement réussis. Pour capturer ces manœuvres d’expulsion ultra rapides, ils ont utilisé un appareil photo spécial capable de prendre plus de 1 500 images par seconde. Ils ont ensuite utilisé un logiciel pour mesurer l’énergie et la vitesse de ces expulsions.

Au cours de ces expériences, 97 % des mâles se sont catapultés avec succès après le premier accouplement. Tous ont donc survécu. À l’inverse, les quelques mâles qui n’ont pas réussi à se catapulter « ont été capturés, tués et consommés par les femelles« , rapportent les auteurs. Il en a également été de même pour une trentaine de mâle dont le mécanisme d’expulsion avait été volontairement inhibé par les chercheurs.

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Le mécanisme filmé au ralenti. Crédits : Shichang Zhang

Un bond à 88 cm/s

Pour s’envoler, ces araignées replient leurs pattes contre la femelle avant de les relâcher. La pression hydraulique provoque alors une expansion rapide. Lorsque les araignées ont pu s’envoler avec succès, l’énergie stockée dans leurs pattes pouvait propulser leur petit corps jusqu’à 88 centimètres par seconde. À titre de comparaison, imaginez un humain adulte faire un saut en l’air et atterrir une seconde plus tard à une distance de plus de 500 mètres.

Pour l’heure, ces petits tisserands d’orbes sont les seuls animaux connus pour utiliser cette technique comme protection contre le cannibalisme sexuel.

Avant l’accouplement, les araignées mâles se fixaient à la toile de la femelle avec une « ligne de sécurité » en soie, de sorte qu’après avoir été catapultés, ils pouvaient remonter pour s’accoupler à nouveau. Certains pouvaient ainsi s’accoupler avec la même femelle jusqu’à cinq fois. Pour les auteurs, cette manœuvre d’expulsion post-sexuelle a donc probablement évolué comme un mécanisme de survie.