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Se camoufler en fientes d’oiseaux, une question de survie pour ces araignées

Crédits : Oliver Thompson

Les araignées Cyclosa ginnaga tissent sur leur toile un disque blanc de soie au centre duquel elles se positionnent, affichant un abdomen argenté et des pattes couvertes de taches noires leur conférant une apparence repoussante : celle des fientes aviaires. L’objectif est double : éloigner les prédateurs et attirer les proies potentielles.

Un mimétisme, deux objectifs

Le mimétisme agressif définit l’idée qu’un prédateur accède à une proie en mimant l’apparence et/ou le comportement d’un modèle inoffensif ou bénéfique afin d’éviter d’être correctement identifié. Certaines araignées ont recours à cette stratégie. Pour tromper leurs adversaires, comme les guêpes ou les fourmis, celles de l’espèce Cyclosa ginnaga, retrouvées dans les forêts tropicales humides d’Asie du Sud-Est, ont notamment développé une forme de mimétisme leur conférant un aspect de fiente d’oiseau. Elles en ont également l’odeur. La nature est ingénieuse. Les animaux ont en effet tendance à éviter ce qui a déjà été complètement digéré.

Cette capacité de mimétisme de ces araignées visant à éloigner les prédateurs est connue depuis plusieurs années. Toutefois, selon une étude publiée le mois dernier dans Current Zoology, elle sert également un autre objectif : attirer les proies.

Des recherches antérieures avaient déjà émis l’hypothèse que ces araignées-crabes (nommées ainsi en raison de la longueur plus importante de leurs deux paires de pattes antérieures) pourraient également attirer des insectes figurant sur leur menu en imitant les déjections aviaires. Après tout, l’idée a du sens. En effet, les fientes d’oiseaux sont une source de nutriments importante pour les insectes et certaines espèces y pondent également leurs œufs. En outre, les araignées-crabes sont des prédatrices en attente, installées sur leurs feuilles, préférant tendre une embuscade plutôt que de suivre leurs cibles en mouvance.

Jusqu’à présent en revanche, aucune étude expérimentale n’avait réussi à le prouver. C’est désormais chose faite.

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Une araignée-crabe s’attaquant à une mouche. Crédits : Xin Xu

Une stratégie qui fonctionne pour ces araignées

Dans le cadre de ces travaux, Daiqin Li et son équipe de l’Université nationale de Singapour ont présenté plusieurs essaims d’insectes à des araignées-crabes imitant des fientes aviaires, à de véritables fientes de taille similaire et à de simples feuilles. Au cours de ces expériences, les insectes ont visité à la fois les araignées et les fientes d’oiseaux à des taux significativement plus élevés que les feuilles vides. Les araignées attiraient en particulier les mouches, bien que les véritables excréments les attiraient à un taux plus élevé.

Les chercheurs ont ensuite appliqué une peinture à l’aquarelle inodore et facilement lavable sur le corps des araignées pour modifier leur aspect. Le but de cette expérience était de savoir si la combinaison de couleurs caractéristique de ces arachnides était ou non la clé pour tromper certains insectes. Résultat, les araignées peintes tout en blanc ou tout en noir étaient moins attrayantes pour les insectes que les araignées “non travesties”.

Enfin, les chercheurs ont modélisé le système visuel des insectes cibles et découvert que les proies malchanceuses étaient incapables de faire la différence entre une araignée-crabe et une véritable fiente d’oiseau. Pris ensemble, ces résultats suggèrent que les insectes attirés par les araignées peuvent effectivement les identifier à tort comme des fientes d’oiseaux.