in

Antarctique : des records pulvérisés par des températures 30 °C à 40 °C supérieures aux normales

Crédits : EOSDIS Worldview.

Alors que l’été touche à sa fin dans l’hémisphère sud, un épisode de douceur pour le moins exceptionnel a concerné une large partie orientale de l’Antarctique. Entre le 16 et le 20 mars dernier, les températures ont atteint des valeurs 30 °C à 40 °C supérieures aux normales pour cette période de l’année.

De nombreux records ont été battus lors de cet évènement, depuis la frange littorale jusqu’en plein cœur du continent blanc.

Avalanche de records de douceur en Antarctique de l’Est

À la base antarctique Dumont d’Urville située en terre Adélie, le thermomètre a grimpé jusqu’à 4,9 °C le 18 mars, battant les 3,4 °C mesurés le 2 mars 1995 et établissant un nouveau record mensuel de douceur. Toutefois, c’est réellement dans l’intérieur du continent que les températures ont flambé, pulvérisant parfois les anciens records avec une marge de 15 °C à 20 °C.

Antarctique
Anomalies de température à deux mètres le 18 mars 2022. Notez les valeurs supérieures à 32 °C à l’intérieur de l’Antarctique de l’Est. Crédits : ClimateReanalyzer.org.

Toujours le 18 mars, la station météorologique de la base Concordia (3234 mètres) a enregistré une température maximale de -11,5 °C. Il s’agit non seulement d’un record mensuel, battant les -27,9 °C du 12 mars 2013, mais aussi d’un record tous mois confondus. En effet, la température la plus élevée jamais mesurée à la station remontait au 17 décembre 2016 avec -13,7 °C.

À la base antarctique de Vostok (3489 mètres) où les mesures ont débuté en 1957, le mercure a grimpé jusqu’à -17,7 °C, pulvérisant les -32,6 °C relevés le 4 mars 1967. Ici, il n’aura toutefois pas fait suffisamment doux pour battre le record absolu de -12,2 °C survenu le 11 janvier 2002. Ce dernier avait cependant eu lieu en plein cœur de l’été austral.

Anomalies de flux de vapeur d’eau calculées pour le 18 mars. Une valeur de 1 indique un évènement inédit dans la climatologie. Crédits : ECMWF / @GaetanHeymes.

Pour cette période de l’année, les normales climatiques sont respectivement de -48 °C et -53 °C pour les maximales à ces deux stations. Aussi, même si les températures sont restées négatives, les anomalies mesurées correspondent à une canicule de fin d’automne pour nos latitudes. Terminons ce tour d’horizon en mentionnant la station du Dôme C II (3250 mètres) où l’on a relevé -10,1 °C pour une normale avoisinant -48 °C.

Une douceur véhiculée par une rivière atmosphérique

Cet épisode d’une intensité exceptionnelle qui a culminé le 18 mars a été causé par une rivière atmosphérique, un long couloir d’air doux et humide canalisé à l’avant d’une vaste dépression depuis le Pacifique subtropical. Associée à une banquise ayant atteint un minimum d’extension record, cette configuration a permis à la douceur de se propager avec facilité très loin dans l’intérieur du continent.

Dégel sur les côtes orientales de l’Antarctique, ici détecté par satellite (points rouges) au moment où la rivière atmosphère pénétrait dans l’intérieur du continent. Crédits : Ghislain Picard @gsnowph.

Le déficit en glaces de mer, le contenu élevé de l’air en vapeur d’eau ainsi que les nuages ont permis de conserver de façon particulièrement efficace la chaleur aspirée depuis les basses latitudes. Pour l’heure, cet évènement ne semble pas avoir de lien évident avec le changement climatique et s’apparente plutôt à une sorte de « vague scélérate », à une fluctuation météorologique aléatoire.

Cependant, si le phénomène devait se répéter à l’avenir, il pourrait s’agir d’une empreinte insidieuse du réchauffement global. « Nous ne pouvons pas dire si cela va être une nouvelle tendance ou simplement une bizarrerie qui se produit occasionnellement sur un continent des plus fascinants », indiquent Linda Keller et Matt Lazzara au Washington Post, deux chercheurs impliqués dans l’étude et la mesure des conditions en Antarctique.