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Antarctique : en quête des plus vieilles glaces du monde

Crédits : Wikimedia Commons.

Des forages destinés à recueillir les plus anciennes glaces jamais étudiées viennent de débuter à l’est du continent blanc. Effectués dans le cadre d’un projet scientifique sans précédent, ils visent entre autres à résoudre une énigme paléoclimatique qui alimente encore de nombreux débats entre experts.

Pour les scientifiques qui étudient les climats du passé, l’Antarctique se présente comme une formidable machine à remonter dans le temps. En effet, les changements de température et de concentrations en gaz à effet de serre ont été enregistrés de façon très précise dans les glaces de la gigantesque calotte australe.

Compte tenu de la faible quantité de neige qui se dépose chaque année, il est possible de remonter très loin dans le passé de la Terre, bien plus loin que ne le permettraient les autres glaces du monde, tout en offrant au passage une excellente précision temporelle. Mais encore faut-il pouvoir y accéder ! En effet, plus la glace est ancienne, plus elle se situe en profondeur dans des secteurs qui doivent par ailleurs être à faible déformation.

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Exemple de carotte de glace prélevée en Antarctique. Crédits : Wikimedia Commons.

Jusqu’à ce jour, c’est la carotte de glace prélevée au dôme C dans le cadre du projet EPICA (European Project for Ice Coring in Antarctica) qui détient l’enregistrement le plus long. Publiées il y a près de vingt ans, les données avaient permis de retracer le tempo des changements climatiques sur les 800 000 dernières années.

Remonter deux fois plus loin dans le passé grâce aux plus vieilles glaces de l’Antarctique

Or, ce record devrait bientôt être battu. Et pour cause, après une longue phase de préparation, une équipe de scientifiques vient de démarrer un carottage qui vise à remonter jusqu’à 1,5 million d’années dans le passé. Cette campagne sans précédent, baptisée Beyond Epica, implique douze instituts de recherche à travers le monde et est financée à hauteur de onze millions d’euros par la Commission européenne. Démarré en 2019, le projet se poursuivra probablement jusqu’en 2025.

Les forages, dont le premier se terminera en janvier 2022, prennent place au petit dôme C, un domaine géographique d’environ dix kilomètres carrés situé en Antarctique de l’Est à plus de 3000 mètres d’altitude. Deux forages supplémentaires seront ensuite programmés afin d’arriver à plus de 2800 mètres sous la surface, une profondeur requise pour espérer atteindre (voire dépasser) les 1,5 million d’années. Selon les chercheurs, le rythme d’extraction devrait culminer à quelque 170 mètres de glace carottés par semaine.

banquise antarctique
Crédits : iStock.

« Nous pensons que cette carotte de glace nous donnera des informations sur le climat du passé et sur les gaz à effet de serre qui étaient dans l’atmosphère lors de la transition du Pléistocène moyen qui s’est produite il y a 900 000 à 1,2 million d’années », explique Carlo Barbante, un des nombreux scientifiques impliqués dans le projet. « Au cours de cette transition, la périodicité des âges glaciaires est passée de 41 000 à 100 000 ans. La raison pour laquelle cela s’est produit est le mystère que nous espérons résoudre ».

Ainsi, la course à la plus longue carotte est lancée et devrait de toute évidence s’immiscer dans l’actualité des prochains mois et prochaines années. De quoi rester à l’écoute !