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Antarctique : la fragilisation des plates-formes de glace accélère les pertes de masse de la calotte

Crédits : flickr.

Selon de nouveaux résultats, une fraction notable de la perte de masse de l’inlandsis antarctique provient de l’amincissement des plates-formes de glace qui entourent le continent. Un effet principalement lié au réchauffement de l’océan. C’est la première fois qu’une étude quantifie l’importance de ce phénomène. Les résultats ont été publiés dans la revue Geophysical Research Letters le 20 novembre dernier.

Les observations montrent que la calotte antarctique perd de la masse à un rythme accéléré en raison du réchauffement planétaire. Toutefois, il est encore difficile de dire à quel point cette perte va s’aggraver dans les décennies et siècles à venir. Plusieurs processus sont en jeu et leur rôle respectif reste encore assez mal compris. Aussi, les projections futures sont associées à une marge d’incertitude appréciable. Du reste, le risque d’effondrement de certaines parties de la calotte n’est pas exclu d’ici à 2100.

Le rôle stabilisateur des plates-formes de glace

Un effet fondamental tient à l’évolution des plates-formes (ou barrières) de glace entourant le continent. Celles-ci sont constituées de glace terrestre qui s’est écoulée jusqu’à la mer et a fini par flotter. Il s’agit donc en quelque sorte de l’extension marine de l’inlandsis. Par effet d’arc-boutant, ces formations tendent à ralentir le flux glaciaire en amont. Ainsi, elles jouent un rôle stabilisateur pour la calotte en limitant les rejets de glace continentale vers la mer.

antarctique perte glaciaire
Évolution des pertes de masse de la calotte antarctique entre 2002 et 2017. Crédits : NASA.

Or, avec le réchauffement de l’air et surtout de l’eau, ces barrières sont fragilisées. Certaines ont déjà disparu et la plupart s’amincissent. De fait, les scientifiques ont suggéré que le taux d’exportation de glace vers l’océan devait s’accélérer. Et donc, contribuer à la perte de masse observée. Toutefois, jusqu’à présent il existait peu de données capables d’étayer cette affirmation. Une nécessité quand on connaît la complexité de la dynamique glaciaire et son couplage avec l’océan et le substrat rocheux.

Amincissement des plates-formes et hausse de l’exportation 

C’est désormais chose faite. Pour la première fois, des chercheurs ont pu démontrer de manière univoque un important lien de cause à effet. La période couverte par l’étude s’étend de 1994 à 2017. Les données obtenues grâce au recoupement d’observations récentes avec une modélisation à très haute résolution indiquent que le phénomène est particulièrement marqué au niveau de l’Antarctique de l’ouest.

« Il y a également d’autres processus en jeu, mais nous pouvons maintenant affirmer fermement que les changements observés dans les plates-formes glaciaires provoquent des changements importants dans la glace terrestre, accélérant son écoulement vers l’océan » rapporte Hilmar Gudmundsson, auteur principal du papier. « Cette étude comble un déficit important dans notre compréhension. Le manque de données et les limites de la modélisation rendaient difficile la quantification de l’importance de ces changements en tant que moteur de la perte de masse ».

icebergs plateforme antarctique
Représentation schématique d’une plate-forme glaciaire. La glace dite terrestre se trouve au-delà de la ligne de mise à terre, à gauche. Crédits : capture d’écran / AGU.

Alors que l’étude porte à l’échelle du continent, on apprend sans grande surprise que le mécanisme est tout particulièrement actif au niveau des glaciers Thwaites et de l’Île du Pin. Deux individus connus pour être particulièrement vulnérables. Par ailleurs, les résultats ont révélé que lorsqu’une barrière se fragilise, l’influence se propage de manière presque instantanée loin en amont.

« Généralement, nous distinguons une réponse instantanée et une réponse transitoire (retardée). Notre étude montre que l’amincissement des plateformes de glace se traduit par une réponse instantanée significative et donc à une perte de masse effective » explique l’auteur principal. En d’autres termes, il ne faut pas compter sur un temps de réponse long qui pourrait retarder les impacts sur la hausse du niveau de la mer.

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