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Reliée à plus de 1 500 ports, l’Antarctique est sous la menace d’espèces envahissantes

Crédits : melissa2760/Pixabay

Une analyse des mouvements de navires dans les eaux de l’Antarctique suggère que ces bateaux traversent les barrières naturelles isolantes du continent. En conséquence, l’environnement se retrouve de plus en plus exposé aux effets négatifs de l’activité humaine. Les chercheurs soulignent plus particulièrement les risques d’introduction d’espèces envahissantes.

Les mouvements de navires liés à la pêche, au tourisme, à la recherche et à l’approvisionnement exposent l’Antarctique aux impacts humains. La question des espèces envahissantes, en particulier, inquiète de nombreux biologistes. Les eaux de l’Antarctique abritent en effet un biote unique et représentent jusqu’à présent la seule région marine mondiale exempte d’invasion biologique connue. Cela est dû en grande partie à l’océan Austral voisin, dont les courants très puissants forment une sorte de barrière autour de l’Antarctique.

Cependant, cette situation pourrait bientôt changer en raison d’un niveau choquant de connectivité avec les ports du monde entier.

L’Antarctique relié à plus de 1500 ports

La conservation réussie des espèces et des environnements emblématiques de l’Antarctique repose en partie sur la lutte contre les impacts humains directs et localisés. Or, jusqu’à présent, les politiques visant à atténuer l’introduction d’espèces marines non indigènes ne s’appuyaient que sur des estimations approximatives ou des informations spécifiques à l’industrie, tandis que les activités maritimes continuent d’augmenter la pression.

Dans le cadre d’une étude, une équipe dirigée par Arlie McCarthy, du Département de zoologie de l’Université de Cambridge et du British Antarctic Survey, a effectué une analyse quantitative complète des mouvements de navires dans les eaux antarctiques entre 2014 et 2018. Pour ce faire, l’équipe a examiné les données d’expédition de Lloyd’s List Intelligence, une source ancienne et fiable de données maritimes, de données d’escale et de données satellitaires brutes. Ces données en main, ils ont ainsi pu faire une évaluation spatialement explicite du risque d’introduction d’espèces marines non indigènes dans toutes les eaux locales.

Ces recherches ont montré qu’il existe 1 581 ports dans le monde ayant des connexions avec l’Antarctique (dès -60 degrés de latitude). D’après l’étude, la plupart des navires concernés traversent les barrières naturelles isolantes de l’Antarctique, en particulier ceux en provenance des ports de l’Atlantique Sud et de l’Europe. Ces visites sont plus de sept fois plus élevées dans la péninsule antarctique (en particulier à l’est de l’île Anvers) et dans les îles Shetland du Sud qu’ailleurs autour du continent.

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Crédits : Edu_Ruiz/Pixabay

La pression des espèces envahissantes

Le problème est que navires peuvent transporter accidentellement un large éventail d’espèces marines. Ces dernières peuvent alors supplanter la vie indigène et déstabiliser tout un écosystème.

« Nous savons d’autres régions froides du monde, y compris l’Arctique, que les choses qui poussent sur les coques des navires sont régulièrement transportées d’un endroit à l’autre« , souligne en effet le Dr McCarthy. « Nous savons que les navires de passage en Antarctique transportent eux aussi des passagers indésirables avec eux. Le but de cette étude était de préciser leur provenance« .

D’après les chercheurs, le risque d’invasion ne fera qu’augmenter à mesure que les chercheurs et autres touristes continueront de se diriger vers ces eaux. Le déplacement de certaines espèces du pôle Nord vers le pôle Sud suscite notamment des inquiétudes. Les espèces de l’Arctique seraient en effet adaptées au froid et pourraient donc mieux prospérer en Antarctique. Ces espèces marines envahissantes potentielles constituent également l’industrie de la pêche. On ignore dans quelle mesure les espèces envahissantes pourraient affecter ces activités, mais nous savons par expérience que des espèces envahissantes peuvent être accompagnées d’agents pathogènes qui pourraient tuer les poissons et/ou le krill.

Rappelons qu’il existe déjà des mesures de biosécurité protégeant l’Antarctique d’une potentielle invasion biologique. Plus d’une cinquantaine de nations se sont en effet engagées à maintenir la zone exempte d’espèces non indigènes. Toutefois, d’après les auteurs de l’étude, les réglementations concernant l’encrassement des coques des navires sont encore très laxistes.

Enfin, rappelons que l’ingérence humaine n’est pas le seul facteur de risque. Alors que le changement climatique continue de réchauffer l’Antarctique, la zone pourrait en effet devenir plus « agréable » pour diverses espèces qui ne pourraient autrement pas y survivre. La concurrence de nouvelles espèces stresserait davantage de nombreuses espèces locales déjà vulnérables au réchauffement des températures.