in

Antarctique : la calotte occidentale a presque disparu au Miocène, et ce n’est pas une bonne nouvelle

Crédits : NASA's Goddard Space Flight Center Scientific Visualization Studio.

Des chercheurs de l’Université de Floride du Sud (États-Unis) ont trouvé que l’inlandsis de l’Antarctique de l’Ouest avait plus fortement réagi aux variations climatiques passées qu’on ne pensait. Les travaux sont récemment parus dans la revue Nature et ont des implications fortes pour l’élévation du niveau des mers dans le contexte du réchauffement contemporain.

La calotte glaciaire de l’Antarctique de l’Ouest est particulièrement sensible aux variations du climat. En effet, contrairement à sa voisine orientale, elle plafonne à des altitudes relativement basses et repose sur un socle rocheux situé sous le niveau de la mer. De nombreuses instabilités rythment ainsi son histoire depuis des millions d’années. On rappelle que ce vaste morceau de glace équivaut à six mètres d’élévation du niveau des mers (et environ dix fois plus pour la calotte est-antarctique).

Afin de mieux comprendre comment le réchauffement actuel affectera l’inlandsis occidental, un groupe de chercheurs a documenté les variations survenues durant le Miocène inférieur, il y a quelque vingt millions d’années. Durant cette période, le climat de la Terre a connu une importante phase de réchauffement avec un taux de dioxyde de carbone analogue à celui attendu à la fin du siècle si nous continuons sur la trajectoire actuelle.

Miocène : la contribution de l’Antarctique de l’Ouest à l’élévation du niveau des mers revue à la hausse

En analysant les données obtenues grâce au prélèvement d’une carotte sédimentaire en mer de Ross, les scientifiques ont découvert que la calotte de l’Antarctique de l’Ouest avait plus fortement contribué au relèvement du niveau des mers que ce qui était envisagé jusqu’alors. En effet, il apparaît que la calotte s’étendait initialement sur une surface plus large avant de se rétracter à un rythme accéléré jusqu’à une disparition quasi totale.

Antarctique
Configuration actuelle de l’Antarctique (bas) avec la localisation des parties occidentale (West Antarctica) et orientale (East Antarctica) de la calotte. Un bateau avec l’annotation IODP représente la zone de forage. En haut, la configuration de l’Antarctique durant la phase froide (gauche) et chaude (droite) du Miocène. Notez la forte évolution de la calotte occidentale entre les deux états climatiques. Crédits : J. W. Marschalek & coll. 2021.

En raison de l’importante masse de glace accumulée lors de la phase froide qui a précédé, le socle rocheux de l’Antarctique de l’Ouest s’est enfoncé encore plus bas sous le niveau de la mer, rendant la calotte très instable. À cet égard, l’amplitude de la désintégration survenue au moment où le climat s’est réchauffé témoigne du franchissement d’un point de bascule et confirme l’existence d’une forte instabilité dynamique au niveau de cet inlandsis.

S’il était jusqu’à présent difficile d’expliquer les quarante à soixante mètres d’évolution du niveau marin au cours du Miocène, ces nouveaux résultats apportent désormais de précieux éléments de compréhension qui permettent de réconcilier les études de modélisation avec les indices paléoclimatiques.

« Il est essentiel de comprendre les conditions climatiques passées et le comportement des calottes de l’Antarctique pour prévoir l’ampleur et la rapidité de l’élévation du niveau des mers à l’avenir », contextualise Amelia Shevenell, coauteure du papier. « Ce qui se passe en Antarctique aujourd’hui et dans le passé peut sembler sans importance dans notre vie quotidienne, mais l’inlandsis de l’Antarctique occidental contribue à l’élévation du niveau des mers à l’échelle mondiale et sa contribution augmente avec le réchauffement de la Terre ».