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L’anomalie froide de l’Atlantique Nord indique-t-elle vraiment un ralentissement des courants marins ?

Crédits : NASA.

Contrairement à ce qu’ont suggéré de précédents travaux, une large partie de l’anomalie froide observée dans le nord de l’océan Atlantique aurait une origine atmosphérique. C’est en tout cas ce que rapporte une étude récemment parue dans la revue Climate Dynamics.

Une des conséquences du réchauffement climatique est l’affaiblissement de la circulation océanique de l’Atlantique Nord (abrégée en AMOC). Ce ralentissement est simulé avec plus ou moins d’intensité par l’ensemble des modèles de climat et serait également observé dans le monde réel. En effet, la diminution associée du transport de chaleur vers le pôle doit s’accompagner d’une anomalie froide au sud du Groenland. Or, les mesures révèlent une tendance au refroidissement dans cette même région au cours des cent dernières années.

De nombreuses études ont vu dans cette anomalie froide la marque du fameux ralentissement des courants marins attendu dans le nord de l’Atlantique. Le lieu, les dimensions et la présence de la tache froide sur des séries climatiques remontant au début du vingtième siècle collent de façon remarquable avec ce que simulent les modèles informatiques en réponse à un réchauffement global du climat. Cependant, de récents travaux ont apporté une explication alternative qui met en avant un rôle dominant de l’atmosphère dans la tendance observée.

Une contribution importante de l’atmosphère à l’anomalie froide nord-atlantique

En étudiant un modèle océanique forcé par une réanalyse des vents remontant au dix-neuvième siècle, les chercheurs ont trouvé que sur le refroidissement de 0,23 °C par siècle observé entre 1900 et 2017, 54 % peuvent être expliqués par le forçage régional de l’atmosphère sur l’océan. Plus précisément, la remontée du courant-jet vers le nord du bassin et l’augmentation subséquente des tempêtes auraient accentué la déperdition de chaleur vers l’atmosphère dans cette zone.

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Tendance (linéaire) de la température entre 1900 et 2012 en degrés Celsius par siècle. Crédits : Nature Climate Change.

« Notre étude suggère que l’atmosphère joue un rôle important, mais nous n’excluons pas la contribution d’autres facteurs tels qu’un changement de l’AMOC », explique Laifang Li, auteure principale du papier. « Notre travail est une démonstration supplémentaire que les températures de surface de la mer dans l’Atlantique Nord ne sont pas facilement expliquées par un mécanisme unique », ajoute Susan Lozier, océanographe et coauteure de l’étude.

La présence de l’anomalie froide dans l’Atlantique Nord subpolaire se comprendrait ainsi comme la superposition d’un ensemble de facteurs. Par ailleurs, les différentes constantes de temps et le couplage étroit entre l’atmosphère et l’océan font que chaque facteur peut avoir une contribution variable dans le temps. Ainsi, il est probable que la contribution de l’atmosphère soit de moins en moins importante à l’avenir et que le ralentissement de l’AMOC ait une empreinte toujours plus prégnante.

« Auparavant, les gens pensaient que l’océan des latitudes moyennes ou élevées était plus passif que les océans tropicaux », détaille l’auteure principale. « Néanmoins, maintenant, de plus en plus d’études suggèrent que l’océan subpolaire peut également rétroagir sur l’atmosphère, formant un couplage positif qui peut potentiellement amplifier le contraste de température entre les régions tropicales, subtropicales et subpolaires ».