in

En réalité, les animaux ne se soucient guère de la consanguinité

Crédits : Pixel-mixer/Pixabay

De nouvelles recherches signées de chercheurs de l’Université de Stockholm suggèrent que contrairement aux idées reçues, les animaux développent rarement des stratégies pour éviter la consanguinité.

Les animaux évitent peu la consanguinité

L’idée selon laquelle les animaux préfèrent éviter de s’accoupler avec des parents a motivé le développement de centaines d’études scientifiques menées sur de nombreuses espèces. Il s’avère toutefois que la réalité est un peu plus nuancée. En effet, « la théorie évolutionniste nous dit que les animaux devraient tolérer, voire préférer, l’accouplement avec des parents dans un large éventail de conditions depuis plus de quatre décennies« , observe Raïssa de Boer, chercheuse en zoologie à l’Université de Stockholm.

Dans Nature, son équipe fournit une synthèse de 139 études portant sur 88 espèces différentes couvrant quarante années de recherche sur la consanguinité dans le monde animal. Ces travaux révèlent qu’il existe un biais de publication en faveur des études montrant l’évitement de la consanguinité chez les animaux. Plus concrètement, les études soulignant une préférence pour un partenaire apparenté font défaut dans le dossier de publication. Pour les auteurs, ce constat serait principalement lié à notre biais moral contre la consanguinité.

En réalité, cette méta-analyse démontre que les animaux tentent rarement d’éviter l’accouplement avec des parents. « Ils ne semblent pas se soucier de savoir si leur partenaire potentiel est un frère, une sœur, un cousin ou une personne non apparentée lorsqu’ils choisissent avec qui s’accoupler« , constate Regina Vega Trejo, principale auteure de l’étude. Cette conclusion s’accorde avec les attentes théoriques des chercheurs : « les modèles prédisent que l’accouplement non biaisé par rapport à la parenté devrait être courant« , confirme-t-elle.

Pas besoin de stratégie d’évitement

Naturellement, nous savons que la consanguinité peut entraîner une accumulation de caractéristiques génétiques restreintes au sein de mêmes individus, ce qui augmente les chances d’apparition de maladies ou de handicaps. En règle générale, ces problèmes interviennent cependant sur plusieurs générations lorsque la consanguinité est forcée, volontairement ou non.

Dans le règne animal, il peut en revanche arriver que les conditions de vie soient suffisamment peu propices à la consanguinité. Imaginez par exemple un vaste territoire composé de nombreux spécimens. Dans ce cas, il y a statistiquement moins de chances de tomber sur un membre de sa lignée et de s’accoupler avec. Et il y a encore moins de risques que cela se reproduise la génération d’après. En conséquence, les individus n’ont pas à développer de stratégie particulière pour l’éviter.

De même, si une espèce génère une progéniture importante, alors la consanguinité de certains individus ne l’empêchera pas de survivre. Là encore, les animaux impliqués n’auront donc pas besoin d’évoluer de stratégie pour éviter la consanguinité.

« Nos résultats aident à expliquer pourquoi de nombreuses études n’ont pas réussi à trouver un soutien clair pour l’évitement de la consanguinité et offrent une feuille de route utile pour mieux comprendre comment les facteurs cognitifs et écologiquement pertinents façonnent les stratégies d’évitement de la consanguinité chez les animaux« , poursuit John Fitzpatrick, coauteur de ces travaux.

Même constat chez l’Homme ?

L’étude a également examiné la prévention de la consanguinité dans notre espèce. Parmi les études examinées, l’une consistait à présenter des photos de partenaires potentiels à des hommes et des femmes, et leur demander lesquels ils trouvaient les plus attirants. Certaines photos avaient été modifiées de façon à ce que le visage ait une ressemblance suffisante avec le sujet pour qu’elle évoque un lien de parenté. Or, les photos modifiées ont récolté le même succès que les autres.

Ainsi pour les auteurs, il se pourrait même que notre propre espèce ne soit pas plus à même d’éviter la consanguinité. « Tout comme pour les autres animaux, il s’avère que rien ne prouve que les humains préfèrent éviter la consanguinité« , et ce, malgré notre « tendance à réagir avec dégoût à l’inceste« , conclut Raïssa de Boer, coauteure de l’étude.

Cette expérience affiche tout de même quelques limites. « Les mesures du choix du partenaire chez les humains étaient en dehors de leur contexte naturel« , admettent en effet les chercheurs.