Nos ancêtres ont copulé avec Neandertal bien plus tôt qu’on ne le pensait

Neandertal
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Une analyse génétique publiée en 2016 avait établi que Neandertal et les humains anatomiquement modernes s’étaient croisés pour la première fois il y a plus de 75 000 ans. Cependant, une nouvelle analyse révèle une interaction plus ancienne. D’après ces travaux, nos ancêtres d’Afrique s’accouplaient déjà avec des Néandertaliens en Eurasie il y a environ 250 000 ans.

Preuves de croisements avec Neandertal

Nous savons que nos ancêtres se sont croisés avec Neandertal grâce à des preuves génétiques isolées suite à l’analyse de l’ADN extrait de fossiles de Néandertaliens ainsi que de l’ADN des humains modernes. Ces travaux ont en effet révélé des similitudes génétiques significatives entre les deux, montrant que des échanges génétiques se sont produits. En examinant l’ADN des humains modernes, les chercheurs ont également identifié des segments qui ne pouvaient pas être attribués à nos ancêtres anatomiquement modernes. Ces segments correspondaient à de l’ADN néandertalien.

De nos jours, l’ADN néandertalien est principalement présent dans les génomes des humains modernes d’origine eurasiatique, ce qui suggère que les croisements se sont produits principalement en Eurasie. En 2020, l’idée selon laquelle la plupart des croisements modernes entre humains et Néandertaliens se sont produits en Eurasie avait cependant été contestée par une étude publiée dans la revue Cell. Ces travaux nous avaient en effet révélé la présence d’ADN de Neandertal dans les génomes humains d’Afrique subsaharienne. Cependant, l’origine de cet ADN était inconnue et l’analyse ne s’était limitée qu’aux populations dont l’ascendance était principalement liée au Niger et au Congo.

Dans le cadre de nouveaux travaux, des chercheurs de l’Université de Pennsylvanie ont effectué une analyse génétique pour comprendre les interactions entre les Néandertaliens et les humains modernes, en particulier au niveau des populations d’Afrique subsaharienne.

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Des croisements beaucoup plus précoces

Concrètement, les chercheurs ont commencé par comparer le génome d’un spécimen de Néandertalien découvert dans l’Altaï sibérien, âgé d’environ 122 000 ans, avec les génomes de 180 personnes appartenant à douze populations modernes d’Afrique subsaharienne. Cela leur a permis d’identifier des similitudes et des différences génétiques.

Les chercheurs ont ensuite mis au point un outil statistique pour découvrir l’origine de l’ADN de Neandertal dans le génome humain moderne. Cet outil leur a permis d’identifier les régions du génome humain où l’ADN de notre ancien cousin était présent. L’analyse statistique a révélé que tous les génomes subsahariens étudiés contenaient de l’ADN de Neandertal. Celui-ci provenait principalement d’un croisement entre les humains et nos cousins qui s’est produit il y a environ 250 000 ans.

Concrètement, un groupe d’humains depuis éteint se serait aventuré hors d’Afrique il y a environ 250 000 ans pour finalement copuler avec des néandertaliens. Ces interactions ont laissé une empreinte génétique dans l’ADN de nos cousins. En conséquence, il est ressorti de ces travaux que jusqu’à 6 % du génome de ce néandertalien découvert en Sibérie contenait de l’ADN humain. Certaines populations subsahariennes d’humains anatomiquement modernes ont quant à elles hérité de l’ADN néandertalien lorsque des groupes d’humains ont émigré de nouveau en Afrique.

Les chercheurs ont en effet constaté que jusqu’à 1,5 % du génome de certaines populations subsahariennes était constitué d’ADN de Neandertal. Cette proportion pouvait varier d’une population à l’autre en fonction de l’histoire migratoire et des croisements.

Deux autres points à retenir

Une découverte intéressante était que la majeure partie de l’ADN de notre ancien cousin présent dans le génome humain se trouvait dans des régions non codantes, ce qui signifie qu’il ne code pas pour la production de protéines. Cela implique que ces gènes humains ont évolué avec le temps et ont été sélectionnés de manière à conserver cette partie de l’ADN néandertalien.

Enfin, les chercheurs ont constaté qu’il existe des zones dans le génome humain moderne où l’ADN de Neandertal n’est pas présent du tout, ce qui suggère que certaines régions du génome humain ont subi des modifications génétiques qui ont conduit à la perte de cet ADN au fil de l’évolution. Ces zones du génome humain peuvent être impliquées dans des aspects spécifiques de l’adaptation humaine et de l’évolution.