Ils étudient un énorme amoncellement de bois mort piégé dans un delta de l’Arctique

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Crédits : Université d'état du Colorado

Des chercheurs ont étudié un phénomène assez méconnu du grand public : un gigantesque amoncellement de bois mort dans le delta de l’Arctique. S’étalant sur environ cinquantaine kilomètres carrés, cet énorme tas de bois contiendrait près de 3,4 millions de tonnes de carbone.

Un amoncellement de bois aussi grand que la ville de Lyon

Depuis la nuit des temps dans l’Arctique, les rivières charrient les arbres morts depuis leur forêt, et ce, jusqu’à l’océan. Cependant, lorsque les troncs arrivent au niveau des méandres d’une rivière, des amoncellements peuvent se produire et parfois, leur taille est très impressionnante. Pour preuve, des chercheurs du département des géosciences à l’Université d’état du Colorado (États-Unis) ont décrit un amoncellement dont la surface avoisine les 50 km², soit pratiquement autant que celle de la ville de Lyon.

Dans l’article publié dans la revue Geophysical Research Letters le 11 avril 2023, les scientifiques estiment que l’amoncellement de bois en question correspond à environ 3,4 millions de tonnes de carbone. Or, cette quantité de carbone est équivalente aux émissions de deux millions et demi d’automobiles sur une année.

Au passage, évoquons le fait que les conditions climatiques de l’Arctique permettent aux arbres de se conserver très longtemps, à savoir des dizaines de milliers d’années. Les chercheurs assurent en effet qu’un arbre mort depuis un millier d’années peut sembler tout aussi « frais » qu’un autre tombé il y a peu de temps.

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Crédits : Université d’état du Colorado

Un stockage de carbone très important

Rappelons que si la science sait déjà que le bois peut se déplacer grâce aux cours d’eau, les chercheurs s’intéressent depuis peu à la quantité de biomasse que ce même bois peut représenter. De plus, les flux de carbone provenant de l’eau et des sédiments sont étudiés depuis longtemps déjà, mais le bois fait l’objet d’un intérêt très récent. Pour les experts, il est néanmoins important de s’y intéresser pour le cycle du carbone, mais également pour la compréhension des systèmes fluviaux naturels ainsi que la manière dont les rivières « distribuent » le bois.

Les scientifiques ont focalisé leur attention sur le fleuve Mackenzie. Ce dernier, plutôt célèbre pour ses amoncellements de bois, a été photographié de nombreuses fois en très haute résolution. Les chercheurs ont alors étudié une zone de près de 13 000 km² puisque le delta du fleuve, le troisième plus grand au monde en superficie, draine environ 20 % du territoire canadien. L’étude a intégré des mesures des troncs, une cartographie de l’amoncellement ainsi que des prélèvements d’échantillons à la surface du fleuve dans le but d’effectuer une datation au carbone 14. Le volume de bois et la quantité de carbone ont ainsi été estimés.

Les 3,4 millions de tonnes de carbone dont il est ici question (estimation basse) représentent un stockage important qui pourrait évoluer à l’avenir, notamment sous l’effet des activités humaines, à savoir l’exploitation forestière et la construction de barrages. Toutefois, le changement climatique peut également modifier la préservation du bois en influant sur les régimes de précipitation et le climat.