Amazonie : une sécheresse révèle des dizaines de pétroglyphes vieux de 2 000 ans

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Les visages humains gravés dans les rochers du lit du fleuve Negro n'apparaissent que lors de graves sécheresses. Crédits : Carlos Augusto Silva

Une sécheresse historique essuyée en forêt amazonienne a récemment permis la découverte de pétroglyphes précolombiens gravés par des humains il y a environ 2 000 ans. Ces sculptures anciennes étaient jusqu’à présent submergées dans l’un des plus grands fleuves de la région, à l’endroit où les eaux sombres du fleuve Negro se rejoignent avec le courant trouble du fleuve Amazone.

Une découverte exceptionnelle

Des découvertes similaires avaient déjà été faites en 2005, 2009 et 2010 lors de précédentes sécheresses ayant abaissé le niveau d’eau du fleuve Negro. Ces pétroglyphes sous-marins avaient ensuite été officiellement enregistrés par l’Institut national du patrimoine historique et artistique (IPHAN) du Brésil.

Lors d’une expédition récente, l’archéologue indigène Carlos Augusto da Silva a eu l’occasion d’identifier plus d’une centaine de nouvelles structures. Ces pétroglyphes présentent une variété de motifs, notamment des représentations d’humains, d’animaux et de formes géométriques telles que des carrés et des cercles. Toutes ces formes sont gravées dans les rochers du site connu sous le nom d’Encontro das Águas. Ce dernier est considéré comme un site du patrimoine culturel brésilien en raison de sa valeur pittoresque et des nombreuses découvertes ethnographiques et archéologiques réalisées sur place, y compris des artefacts retrouvés près des berges du fleuve Negro depuis les années 1970.

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Crédits : Carlos Augusto Silva

Plusieurs facteurs clés ayant permis la découverte de ces pétroglyphes

La sécheresse exceptionnelle en Amazonie de cette année est le résultat d’une combinaison de facteurs, dont un phénomène El Niño. Pour rappel, ce dernier se produit périodiquement dans l’océan Pacifique tropical et se caractérise par le réchauffement anormal des températures de surface de la mer. Un El Niño peut alors perturber les schémas climatiques mondiaux, y compris les précipitations en Amazonie, entraînant de ce fait des conditions favorables à la sécheresse.

Naturellement, le changement climatique est également un facteur fondamental dans l’augmentation des températures mondiales. Dans le cas de l’Amazonie, il peut lui aussi modifier les régimes de précipitations, entraînant des sécheresses plus fréquentes et plus graves.

À noter également que l’Amazonie est couverte par une vaste forêt tropicale qui stocke une quantité considérable de matière organique. Cependant, des pratiques telles que la déforestation et le changement d’affectation des terres peuvent contribuer à la libération de dioxyde de carbone et à la réduction de la capacité de la forêt à stocker l’eau. Le dessèchement de cette matière organique peut alors affecter les régimes hydriques et contribuer à une sécheresse.

Enfin, rappelons que des incendies sont souvent délibérément allumés pour défricher des terres en vue de l’agriculture, de l’élevage ou d’autres utilisations, ce qui favorise également les conditions sèches.

Des gravures d’au moins 2 000 ans

L’âge exact de ces pétroglyphes est difficile à déterminer, car il n’y a pas de matière organique associée aux gravures, ce qui rend les méthodes de datation directe impossibles. Cependant, des céramiques découvertes à proximité, datées à l’aide de la datation au radiocarbone, remontent à environ 2 000 ans.

Les chercheurs pensent que cette région est une plaque tournante de l’intelligence et des compétences des anciens habitants, contredisant ainsi les idées occidentales qui les sous-estimaient. Au contraire, la révélation de ces pétroglyphes met en lumière le patrimoine riche et la créativité des anciennes cultures de la forêt amazonienne.