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L’Amazonie entraînera d’autres parties du globe dans sa chute

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Crédits : INPE

Si le défrichage et le changement climatique venaient à transformer l’Amazonie en savane, la célèbre forêt tropicale entraînerait dans sa chute d’autres éléments du système climatique comme la calotte ouest-antarctique, avec des effets en cascade aux quatre coins du monde. C’est ce que rapporte une étude publiée dans la revue Nature Climate Change ce 5 janvier.

Avec la poursuite du réchauffement, certains éléments du système climatique menacent d’atteindre un point de bascule, c’est-à-dire un seuil à partir duquel les changements s’amplifient de manière brutale et irréversible aux échelles de temps des hommes. Citons à titre d’exemple l’Amazonie qui pourrait mourir massivement et basculer d’un état de forêt tropicale à celui de savane. Ce type d’évolution aurait des conséquences majeures pour l’environnement et les sociétés humaines.

Amazonie, plateau tibétain et Antarctique de l’Ouest : un exemple d’interconnexions

D’autres points de bascule concernent la circulation océanique, les calottes polaires, les pergélisols, la forêt boréale ou encore les récifs coralliens. Or, une des avancées récentes a été de mettre en évidence la propension des différents points de bascule à se déclencher les uns les autres après la perturbation d’un des maillons. À ce titre, des chercheurs ont récemment identifié un lien entre le dépérissement potentiel de l’Amazonie et l’altération d’autres systèmes régionaux à forts impacts.

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Représentation de dix éléments à risque de bascule (liste non exhaustive) et leurs interactions potentielles (flèches en ocre). Les flèches rouges montrent les interactions identifiées dans la présente étude. Crédits : Teng Liu & coll. 2023.

Plus précisément, si l’Amazonie venait à mourir massivement, la bascule devrait se répercuter à la fois sur le plateau tibétain avec une diminution drastique des chutes de neige et en Antarctique de l’Ouest avec un assèchement et une amplification du réchauffement. Ces deux effets collatéraux auraient de fortes implications puisque l’enneigement du Tibet alimente en eau plus d’un milliard de personnes. On parle à cet égard de troisième pôle de la planète. Par ailleurs, à terme, une déstabilisation de l’inlandsis ouest-antarctique élèverait le niveau marin de plusieurs mètres.

Un certain écho dans les observations

Un élément qui interroge est que les observations montrent précisément une diminution accélérée du manteau neigeux tibétain et un rapide réchauffement en Antarctique de l’Ouest, dont les origines pourraient ainsi être liées au sort de la forêt amazonienne. On rappelle qu’en raison du changement climatique et de la déforestation, elle est sur le point de passer de puits à source nette de carbone. Il reste néanmoins du travail à faire pour déterminer si ce que nous observons déjà est le fruit d’une déstabilisation mutuelle des différents éléments de bascule.

Pour quantifier les liens entre ces éléments, les scientifiques se sont appuyés sur la théorie des réseaux. Les données utilisées par l’algorithme couvrent la période de 1979 à 2019. Il s’agit d’une avancée significative, car l’existence d’une méthode faisait jusqu’à présent défaut. Elle montre que la connexion entre ces zones éloignées se fait par l’intermédiaire de la circulation océanique, de la zone de convergence intertropicale (ZCIT) et des vents d’ouest des latitudes moyennes, illustrant le couplage très étroit entre les composantes du système climatique.

Damien Altendorf

Rédigé par Damien Altendorf

Habitant du Nord-est de la France, je suis avant tout un grand passionné de météorologie et de climatologie. Initialement rédacteur pour le site "Monsieur Météo", je contribue désormais à alimenter celui de "Sciencepost".