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Alpes : une étude révèle l’évolution de l’enneigement avec une précision sans précédent

Les Alpes vues depuis l'ISS. Crédits : Thomas Pesquet / @Thom_astro.

Une équipe de chercheurs a récemment effectué l’évaluation la plus précise jamais opérée quant à l’évolution de l’enneigement dans les Alpes. Les résultats ont été publiés ce 18 mars dans la revue scientifique The Cryosphere

Ce travail a pu voir le jour grâce à la compilation et l’analyse méticuleuse de plus de 2000 stations alpines. Issues de France, de Suisse, d’Italie, d’Allemagne, d’Autriche et de Slovénie, elles offrent une couverture fine et complète de la chaîne de montagnes. Une avancée majeure par rapport aux travaux précédents qui se limitaient à étudier des secteurs somme toute assez restreints. Au total, ce sont plus de 30 scientifiques issus des différents États alpins ont participé à ce travail.

« Pour la première fois, cette étude analyse quantitativement la couverture neigeuse des Alpes pour l’ensemble de la chaîne de montagnes. Elle montre la répartition de la neige – qui, nous l’avons vu, reflète fidèlement les principales zones climatiques des Alpes – et ce qui a changé ces 50 dernières années », relate Michael Matiu, auteur principal du papier et chercheur à l’EURAC. Sur les 2000 séries disponibles, 800 ont servi à mettre en exergue les tendances passées. Les résultats livrés par cette étude serviront de socle fort sur lequel pourront s’appuyer les décideurs politiques ainsi que l’ensemble de la communauté des climatologues. Les données sont à ce titre disponibles en accès libre au lien suivant.

Durée moyenne de l’enneigement sur la période 2000-2019. Il s’agit ici d’une climatologie et non d’une carte montrant des tendances. Crédits : EURAC Research.

Alpes : un enneigement moins durable et moins épais

Aussi, les chercheurs ont pu établir la climatologie et l’évolution du manteau neigeux entre 1971 et 2019. Si globalement la durée d’enneigement a diminué d’environ 1 mois sur la période, les tendances diffèrent sensiblement selon les régions et l’altitude. En effet, les baisses observées apparaissent plus marquées sur la partie sud de l’arc alpin et à basse ou moyenne altitude. En outre, les évolutions dépendent beaucoup de la saison. « Alors qu’en hiver, il y a un large éventail de tendances en fonction du lieu et de l’altitude – et même des augmentations isolées de neige aux plus hautes altitudes – au printemps, presque toutes les stations enregistrent une diminution », détaille Alice Crespi, coauteure de l’étude.

Ainsi, l’or blanc tend à fondre plus tôt au printemps et à apparaître plus tard en hiver. On rappelle au passage qu’une forte variabilité interannuelle vient ponctuer ce cheminement de fond. Enfin, l’épaisseur de neige montre une baisse moyenne de l’ordre de 8 % par décennie. Des changements multiples en adéquation avec ce que l’on est en droit d’attendre du réchauffement climatique. « Dans cette étude, nous n’avons pas explicitement cherché d’attribution formelle, mais il est clair que la neige fond plus tôt et plus rapidement en raison des températures plus élevées et que les précipitations se produisent sous forme de pluie plutôt que sous forme de neige », rapporte Michael Matiu.

La figure ci-dessous détaille les évolutions en termes d’épaisseur, mois par mois et zone par zone. Pour accéder à une version agrandie du graphique, vous pouvez cliquer sur ce lien.

Tendances dans l’épaisseur de neige selon différents mois (indiqués en haut), différentes régions, (indiquées à droite) et différentes altitudes (indiquées à gauche). Les points situés à gauche et à droite des lignes noires indiquent des diminutions et des hausses d’épaisseur, respectivement. Les tendances couvrent la période 1971-2019 et sont données en centimètres par décennie et avec une marge d’incertitude (trait horizontal passant par chaque point). Aussi, notez la présence de quelques stations enregistrant des hausses, essentiellement à haute altitude. NW = nord-ouest, NE = nord-est et SE = sud-est. Crédits : Michael Matiu & al. 2021.

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