in

Dans les Alpes, les chutes de neige sont pleines de plastique

Crédits : WFranz/Pixabay

De nouvelles recherches menées par plusieurs instituts montrent l’ampleur et la vaste gamme de pollution plastique transportée dans l’atmosphère jusque dans les Alpes. D’après ces travaux, environ 3 000 tonnes de nanoparticules atterrissent chaque année en Suisse.

Le plastique, un fléau mondial

La pollution par les plastiques est un problème mondial, des particules de différentes tailles ayant été détectées dans l’eau, le sol et l’air des zones urbaines aux zones reculées. Ce constat n’a rien d’étonnant. En effet, les plastiques sont l’un des matériaux les plus couramment utilisés, avec une production annuelle de 359 millions de tonnes dans le monde, dont 61,8 millions de tonnes sont produites en Europe.

Plus globalement, on estime que plus de 4900 millions de tonnes de plastique ont été rejetées dans l’environnement à ce jour. Ces déchets se fragmentent alors en particules plus petites allant des macroplastiques (>5 mm) aux microplastiques (taille <5 mm), pour finir en nanoplastiques (particules <1 μm).

Des études récentes ont déjà souligné le rôle important du transport à longue distance des microplastiques en suspension dans l’air. Il a également été démontré que les microplastiques peuvent être transportés de l’air vers la mer, avant d’être transférés à nouveau dans l’atmosphère vers l’air sous forme de nanoplastiques.

Dans le cadre d’une étude, des chercheurs des Laboratoires fédéraux suisses pour la science et la technologie des matériaux (EMPA), de l’Université d’Utrecht et de l’Institut central autrichien de météorologie et de géophysique, rapportent qu’une partie de cette pollution retombe ensuite sur les montagnes alpines, intégrée aux chutes de neige.

D’après ces travaux, publiés dans la revue Environmental Pollution, environ 3 000 tonnes de particules nanoplastiques sont déposées en Suisse chaque année, y compris dans les régions alpines les plus reculées. Et si la plupart de ces plastiques émanent des principales villes du pays, d’autres viennent de beaucoup plus loin.

alpes plastique
Le site de recherche de Sonnblick. Crédits : ZAMG/Christian Schober/Flickr.

Des particules soufflées depuis l’Atlantique

Pour ces travaux, les chercheurs ont utilisé un spectromètre de masse pour mesurer les niveaux de contamination plastique de différents échantillons. Ces derniers ont été obtenus à partir d’une petite zone sur la montagne Hoher Sonnenblick, dans le parc national du Hohe Tauern, en Autriche, à une altitude d’environ 3100 mètres du niveau de la mer. C’est là que se trouve l’observatoire de l’Institut central de météorologie et de géodynamique depuis 1886.

Les échantillons ont été prélevés quotidiennement par tous les temps, à 8 heures du matin, dans la couche supérieure de neige. Selon leurs mesures, environ 43 000 milliards de particules de plastique miniatures atterrissent chaque année en Suisse, ce qui représente environ 3 000 tonnes.

En laboratoire, les chercheurs ont analysé ces particules pour tenter de déterminer leur origine. Environ un tiers d’entre elles provenaient de zones situées à moins de 200 kilomètres. Cependant, environ 10% du total (à en juger par leur niveau de dégradation et d’autres caractéristiques) ont été soufflés sur plus de 2000 kilomètres depuis l’Atlantique. Ces particules se sont probablement formées dans l’océan à partir de débris plus gros avant d’être introduites dans l’atmosphère par le jet des vagues.

Ce n’est la première fois que des chercheurs posent un tel constat. Il y a deux ans, une équipe de l’institut Alfred Wegener de recherche polaire et marine (Allemagne) avait en effet également estimé que des microplastiques étaient transportés par le vent avant de retomber avec la neige des Alpes. Cette nouvelle étude met donc de nouveau en perspective l’ampleur de cette pollution.

Nous savons également que ces débris sont suffisamment petits pour intégrer nos poumons où ils pourraient pénétrer dans notre circulation sanguine. En revanche, les effets sur la santé humaine de ces nanoparticules demeurent encore inconnus.