Comme la mer, la montagne a elle aussi ses algues

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Crédits : Zhao Qin/iStock

Souvent associées au milieu aquatique, les algues ne sont pourtant pas l’apanage des mers et océans. Connaissez-vous les algues des neiges et le phénomène qu’elles génèrent, le fameux « sang des glaciers » ?

Les algues des neiges, des micro-organismes qui colorent la montagne

Les algues des neiges sont des micro-organismes de haute montagne se développant sur les surfaces enneigées qui fondent généralement en été, colorant la neige en rouge, en jaune ou en vert. Ces algues microscopiques sont notamment visibles dans les Alpes, les Andes, les régions polaires ou encore la chaîne de l’Himalaya.

En 1819, le botaniste et explorateur écossais Robert Brown rapporte d’un voyage en Arctique des échantillons de neige colorée en rouge pour examen. Si le scientifique pensait qu’il s’agissait d’une algue unicellulaire, plusieurs de ses confrères abondaient plutôt dans le sens d’une espèce de champignon. Les recherches scientifiques ultérieures donneront raison à l’Écossais.

Le « sang des glaciers », phénomène provoqué par la présence d’algues des neiges

Est appelée « sang des glaciers », la fine couche rosée qui apparaît parfois sur certaines étendues partiellement enneigées des régions glaciaires, couleur que l’on doit à la présence d’algues des neiges appartenant notamment à l’espèce Chlamydomonas nivalis, algue verte unicellulaire.

L’algue Chlamydomonas nivalis, un micro-organisme ultra-résistant

Avec leurs pigments naturels – principalement des caroténoïdes – les protégeant du froid et des rayons UV, les algues appartenant à l’espèce Chlamydomonas nivalis sont capables de survivre dans des environnements glaciaires extrêmes. Pendant ces périodes de grand froid, les algues restent inactives, à l’état de spores, attendant que les températures augmentent pour se réveiller, se multiplier et produire les pigments rouges qui donnent à la neige cette teinte rosée caractéristique.

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Algues des neiges de type Chlamydomonas Nivalis – Crédits : RICCARDO OGGIONI/iStock

Impact environnemental de la prolifération des algues des neiges

Bien que naturel, le phénomène appelé sang des glaciers peut avoir un impact considérable sur l’environnement glaciaire, surtout si les algues des neiges prolifèrent. Parmi ses impacts environnementaux :

Réduction de l’albédo

L’albédo est la capacité d’une surface à réfléchir la lumière solaire. À titre d’exemple, la neige fraîche a un albédo très élevé, reflétant la majorité de la lumière solaire.

En colorant la neige, les algues glaciaires réduisent alors cet albédo, la surface enneigée absorbant plus de chaleur. Lorsque ces algues de montagne se développent en grand nombre, elles ont pour effet d’accélérer la fonte des neiges, contribuant ainsi à l’élévation du niveau des mers et à la réduction des ressources en eau douce dans certaines régions.

Modification des écosystèmes glaciaires

Malgré leurs températures extrêmes, les glaciers font office d’habitat naturel pour de nombreux organismes. La prolifération des algues de neige peut modifier les conditions locales, affectant alors les espèces dépendant de l’environnement glaciaire et se répercutant sur les chaînes alimentaires.

Influence sur les cycles biogéochimiques

Les algues de neige participent aux cycles biogéochimiques en produisant de la matière organique. La décomposition de cette matière peut libérer des nutriments dans les environnements glaciaires, influençant alors les cycles de l’azote et du carbone, et affectant la chimie de l’eau de fonte.

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Manchots évoluant sur des algues de neige en Antarctique – Crédits : Zhao Qin/iStock