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« L’aigle de sang » : l’horrible rituel viking est anatomiquement possible

Source : History Channel

Selon une étude, l’exécution du rituel légendaire de « l’aigle de sang » par les Vikings aurait été possible sur le plan anatomique avec les moyens de l’époque. En revanche, le processus aurait été très compliqué et la victime n’aurait pu survivre que quelques secondes.

« L’aigle de sang », une horrible mise à mort

La série Vikings est un récit fictif du légendaire héros nordique Ragnar Lothbrok. Au cours de la série, Jarl Borg, originaire du Götaland voisin, mène une attaque contre les hommes de Ragnar et convainc même son frère de le trahir. Borg est finalement défait. Pour le punir, Ragnar exécute le blóðǫrn (« aigle de sang »), un mode d’exécution horrible et ritualisé évoqué dans la littérature norroise.

Le supplice consiste à inciser le dos de la victime, à séparer les côtes de la colonne vertébrale, puis à les déployer comme les ailes d’un aigle, faisant ainsi sortir les poumons de la poitrine. Les derniers souffles de la victime provoqueraient alors un dernier battement des poumons, semblable au battement d’ailes d’un oiseau.

Si la série essaie d’être aussi historique que possible, nous savons également qu’une grande partie de ce que nous savons sur l’ère viking provient de personnes racontant oralement leurs réalisations sous forme de poèmes épiques. C’est notamment le cas avec le rituel de l’aigle de sang, même si plusieurs récits évoquent également ce type d’exécution.

L’un d’eux est publié dans le « Conte des Fils de Ragnar » d’Ivar le Désossé. Ce dernier y exécute l’aigle de sang sur le roi Ælla de Northumbrie pour le punir du meurtre de son père. Il existe également deux récits de l’exécution de Halfdan Haaleg par Torf-Einarr. Dans une version, un aigle est sculpté sur le dos de Halfdan avec une épée, toutes les côtes sont ensuite coupées et les poumons étirés. L’exécution y est décrite comme un sacrifice à Odin en remerciement de la victoire d’Einarr.

Techniquement possible

Ainsi, les preuves historiques de l’aigle de sang sont rares. Pour cette raison, le rituel a longtemps été rejeté comme une simple légende. Pourtant, selon équipe de chercheurs, l’exécution d’un tel rituel aurait été anatomiquement possible avec les outils disponibles à l’époque.

Pour ces travaux, l’historien viking Luke John Murphy, de l’Université d’Islande, s’est associé à plusieurs spécialistes de l’anatomie. Ensemble, ils ont mené plusieurs simulations à l’aide d’un logiciel. Les auteurs ont alors noté plusieurs défis anatomiques.

Déjà, il aurait fallu enlever rapidement toute la peau et les muscles du dos de manière à pouvoir couper et manipuler les côtes. Selon l’étude, tenir une lame très aiguisée parallèlement à la couche musculaire sous-jacente tout en faisant de longues incisions coupantes juste superficielles par rapport aux muscles aurait toutefois permis de le faire.

Par ailleurs, le simple fait d’ouvrir la cavité thoracique par l’arrière affaiblirait ou couperait probablement plusieurs artères principales. Cela aurait alors pour effet de dégonfler les poumons. Enfin, il serait extrêmement difficile de repositionner les côtes en forme d’ailes d’aigle, puis de tirer les poumons à travers l’ouverture.

Afin d’accomplir le rituel, le bourreau serait également confronté à une obstruction des omoplates et des muscles du dos plus profonds. Il devrait donc sectionner le muscle trapèze et le muscle élévateur de l’omoplate sous-jacent afin d’exposer les côtes.

Il aurait également été très difficile de séparer les côtes des vertèbres, stabilisées par des ligaments très solides, que ce soit par une lame dentelée ou avec une épée ou une petite hache. Dans le premier cas, le processus prendrait trop de temps et la victime mourrait rapidement. Dans le second cas, les poumons seraient gravement endommagés.

Au lieu de cela, « nous soupçonnons qu’un type particulier de fer de lance viking aurait pu être utilisé comme outil de fortune pour » décompresser « la cage thoracique rapidement par l’arrière« , notent les auteurs.

aigle de sang viking
Le corps de Borg après avoir subi l’exécution. Source : History Channel

Impossible de survivre à l’ensemble du rituel

Dans le but de retirer les poumons, le bourreau devrait plier les côtes vers l’extérieur pour créer des ailes. Les auteurs de l’étude estiment que c’est techniquement possible même si une telle procédure nécessiterait une force et une coordination énormes. La colonne vertébrale constituerait ensuite encore un obstacle à l’ablation des poumons. Les bronches primaires, et les veines et artères pulmonaires ne seraient de toute façon pas assez longues pour le permettre. Il aurait donc fallu tout couper. Enfin, les poumons se seraient également probablement effondrés à ce stade en un tissu compact de la taille d’un poing.

Dans la série, Jarl Borg subit l’ensemble du processus en silence avant d’expirer, gagnant ainsi sa place au Valhalla. En réalité, il n’aurait pu survivre que quelques secondes, mais probablement pas en silence.