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C’est la plus grande avalanche sous-marine jamais enregistrée

Vue aérienne du Congo non loin de Kisangani. Crédits : MONUSCO/Myriam Asmani

L’année dernière, un vaste courant de turbidité transportait des sédiments sur plus de 1200 km en à peine de deux jours depuis l’embouchure du fleuve Congo. Le phénomène serait passé inaperçu si la boue et le sable n’avaient pas rompu des câbles tapissant les fonds marins, perturbant le trafic Internet sur la côte ouest de l’Afrique.

Pour faire simple, un courant de turbidité est un courant sous-marin chargé en sédiments qui dévale une pente. Une “avalanche” de ce type s’est produite le 14 janvier 2020, déclenchée par la plus grande crue essuyée en cinquante ans par le fleuve Congo. Ce courant représente le plus long écoulement de sédiments jamais enregistré.

Partis de l’embouchure du fleuve, ils se sont en effet retrouvés deux jours plus tard près de 1250 km plus loin, au fond d’un profond canyon océanique. Des capteurs déployés dans l’Atlantique sud pour mesurer la vitesse des courants ont enregistré un flux de boue et de sable accélérant de cinq à huit m/s alors qu’il se déversait dans l’eau.

Cet événement aurait également entraîné la rupture de deux câbles de télécommunication au fond de la mer soutenant le trafic de données Internet vers l’Afrique de l’Ouest, provoquant un ralentissement du débit du Nigeria vers l’Afrique du Sud.

Un cruel manque de mesures

Des chercheurs de l’Université de Hull, en Angleterre, se sont récemment intéressés au phénomène. Et pour cause, les mesures directes de courants de turbidité s’étendant sur des centaines à des milliers de kilomètres manquent.

En réalité, il n’y a eu qu’un événement du genre mesuré directement à cette échelle : celui des Grands Bancs en 1929. À l’époque, ce dernier avait rompu tous les câbles de données tapissant l’Atlantique Nord sur plus de 800 km. En revanche, à l’inverse du dernier phénomène enregistré, celui-ci avait décéléré, passant de 19 m/s à 3 m/s.

avalanche courant de turbidité
Coupe longitudinale à travers un courant de turbidité sous l’eau. Crédits : NOAA’s National Ocean Service

Ce manque de mesures disponibles est un problème pour les câbles stratégiques des fonds marins. Ils transportent en effet plus de 99% du trafic de données mondial entre les continents. Cela inclut Internet, évidemment, mais aussi le commerce financier et autres services de messagerie vocale.

Il est donc primordial de comprendre comment des courants de turbidité aussi longs et puissants peuvent être déclenchés. De plus, de nouveaux tracés de câbles sont prévus pour 2020-21 au large de l’Afrique de l’Ouest.

Selon les auteurs, le flux sous-marin enregistré du 14 au 16 janvier n’était “pas associé à un tremblement de terre” et s’est produit “pendant une période de faible hauteur de vagues” comme c’est parfois le cas, mais a coïncidé avec une crue extrême essuyée en décembre 2019 le long du fleuve Congo.

Il sera donc également important de déterminer comment la fréquence des flux sous-marins pourra être affectée par les futurs changements hydrologiques opérés dans la région et inhérents au changement climatique.