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À peine « défoncé » ou complètement « high » ? Une appli pourrait bientôt vous répondre

fumer cannabis
Crédits : Flickr / Chuck Grimmett

À quel point êtes-vous sous l’emprise du THC ? C’est la question posée par des chercheurs à des consommateurs de marijuana dans une application prototype appelée « Am I Stoned ? ». Elle propose aux utilisateurs une série de tâches évaluant leur mémoire, leur vitesse cognitive, leur temps de réaction et habileté motrice.

Le prototype pourrait à terme faire prendre conscience aux utilisateurs des effets du THC (tétrahydrocannabinol), le composé de la marijuana responsable de ses effets psychoactifs, selon les chercheurs. « Ceci, à son tour, pourrait ensuite les aider à faire des choix plus sûrs sur l’exécution de certaines tâches qui pourraient être difficiles ou dangereuses », note la cheffe de l’équipe de recherche Harriet de Wit, du Département de psychiatrie et de neurosciences comportementales de l’Université de Chicago (États-Unis). Les chercheurs ont présenté leurs résultats – qui n’ont pas encore été publiés – le 24 avril dernier à la conférence annuelle de biologie expérimentale.

Quand une personne consomme de la marijuana, le THC interagit avec le cerveau en stimulant la production de dopamine et en créant un sentiment d’euphorie. Il se lie également aux récepteurs des cannabinoïdes dans les régions du cerveau associées à la coordination, la mémoire, la cognition et la perception du temps, inhibant temporairement les performances des sujets. L’intensité des symptômes dépend ensuite de l’individu, ainsi que de la quantité et de la concentration du THC consommé.

Pour tester l’application, les scientifiques ont demandé à 24 personnes qui ne consommaient pas de marijuana quotidiennement d’effectuer les tâches proposées sur smartphone ou sur ordinateur, après avoir consommé soit une pilule contenant du THC, soit un placebo. Les activités sur l’interface comprenaient un test de la vitesse d’écoute et un jeu de mémoire avec des images à replacer dans le bon ordre. Un autre test nécessitait de secouer le téléphone en réponse à un point bleu apparaissant sur l’écran pour évaluer le temps de réaction. « Sur ordinateur, des tâches similaires permettaient de traiter la vitesse de traitement cognitif, le temps de réaction, la coordination motrice fine et la mémoire de travail », note Elisa Pabon, doctorante à la Pritzker School of Medicine de l’Université de Chicago.

Un des exercices proposés par l’application. Crédits : Harriet de Wit

Les chercheurs ont constaté que les interfaces de bureau pouvaient détecter les déficiences avec succès grâce à trois des quatre tâches, tandis que l’application pour smartphone ne pouvait le faire que pour un seul des exercices. « C’est peut-être parce que les activités de bureau, qui ont duré entre 15 et 20 minutes, ont offert plus de chances d’observer comment le THC affectait l’utilisateur », peut-on lire dans le communiqué. « Les effets du THC sur la performance peuvent être subtils, nous avons donc besoin de tâches très sensibles pour détecter les déficiences ».

L’inconvénient d’un test auto-administré comme celui-ci est que si quelqu’un s’habitue à effectuer les tâches par la répétition et la pratique, les résultats ne reflètent pas exactement comment son état est altéré. La vigilance et la faculté de jugement de l’individu – fonctions qui pourraient également être affectées par le THC – ne semblaient par ailleurs pas être évaluées par l’application. Ces résultats pourraient alors brosser un tableau incomplet, qui est donc à prendre avec prudence.

Beaucoup plus de données devront encore être recueillies avant que l’application puisse tester de manière fiable les personnes atteintes de troubles en raison du THC. Qui plus est, il sera nécessaire de pouvoir distinguer ses effets avec ceux d’autres substances éventuellement consommées. Néanmoins, l’application pourrait s’avérer utile en tant qu’outil pour améliorer la connaissance et la compréhension des utilisateurs concernant leur propre déficience. Notons que l’application est ici développée par des chercheurs américains pour des consommateurs américains : la marijuana légale est de plus acceptée et répandue aux États-Unis.

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