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À 400 années-lumière, les briques essentielles à la vie sont présentes autour de jeunes étoiles

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Le radiotélescope Alma, au Chili, confirme la présence de molécules prébiotiques autour de protoétoiles de type solaire à 400 années-lumière de la Terre, révélant notamment des traces d’isocyanate de méthyle, un élément chimique essentiel à la vie.

IRAS 16293-2422 est ce que les chercheurs appellent une protoétoile triple. Il s’agit en fait d’une étoile binaire liée à une tierce étoile plus lointaine. Vous retrouverez ce système à 400 années-lumière de la Terre dans la constellation du Serpentaire, au cœur de nuages moléculaires riches en poussières et donc propices à la formation d’étoiles et de molécules organiques. Ici, les étoiles (ou protoétoiles) sont très jeunes et les réactions thermonucléaires ne se sont pas encore opérées. Ces étoiles aux premiers stades de leur formation ne brillent donc pas encore. En revanche, leurs masses sont comparables à celle de notre Soleil à ses débuts, faisant de cette petite région du ciel un véritable laboratoire pour tenter de comprendre la naissance de notre propre système solaire.

Braquant les antennes millimétriques de l’Atacama en direction de cette protoétoile triple, une équipe internationale d’astronomes a récemment détecté pour la première fois des traces d’isocyanate de méthyle, un élément chimique précurseur de la vie. L’isocyanate de méthyle fait partie des molécules organiques impliquées dans la synthèse de peptides et d’acides aminés précurseurs des protéines. Il avait notamment déjà été détecté en 2015 sur la comète Tchouri étudiée par la sonde Rosetta.

« Cette famille de molécules organiques est impliquée dans la synthèse de peptides et d’acides aminés qui, sous la forme de protéines, constituent les éléments de base de la vie telle que nous la connaissons », expliquent les chercheurs dans un communiqué. « Ces protoétoiles sont en de nombreux points semblables au jeune Soleil et les conditions semblent réunies pour que des planètes de type Terre se forment ». Notons que la présence de molécules de glycolaldéhyde, une autre brique essentielle de la vie, avait également été décelée en 2012 sur IRAS 16293-2422. C’est une découverte d’autant plus intéressante que cette molécule peut réagir avec un autre sucre pour former le ribose, l’épine dorsale de l’ARN.

« Détecter ces molécules constitue une première étape », note l’astronome Niels Ligterink, de l’Observatoire de Leiden aux Pays-Bas et coauteur de cette étude. Comprendre leur processus de formation est un pas supplémentaire. Nos expériences de laboratoire indiquent que l’isocyanate de méthyle peut se former sur des particules de glace à des températures très basses semblables à celles qui règnent au sein du milieu interstellaire. Ce résultat laisse à penser que cette molécule — et donc la base des liaisons peptidiques — est certainement présente dans l’environnement proche de la plupart des jeunes étoiles de type solaire. »

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