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8 chercheurs qui ont risqué leur vie pour la science

Crédits : PublicDomainPictures / Pixabay

Jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour faire progresser la science ? Avaler du verre, être en contact direct avec des microbes ou même se pendre ?  Voici le type d’exemples qui nous prouvent à quels points les scientifiques savent se retourner les manches et devenir les acteurs de leurs propres expérimentations.

On les appelle les kamikazes du labo, des savants fous qui n’hésitent pas à payer de leur personne pour appuyer leurs thèses en offrant leur corps à des expériences inédites. De ces instants souvent douloureux, ils ont pu tirer des conclusions et publier des études poussées de leur recherche – certaines faisant encore office de référence – afin de permettre à la science d’avancer.

Stubbins Ffirth

En 1793, une terrible épidémie de fièvre jaune, la pire de l’histoire américaine, ravage Philadelphie. Stubbins Ffirth est un étudiant en médecine, connu pour ses recherches peu conventionnelles autour des causes de la fièvre jaune et émet une théorie selon laquelle la maladie ne serait pas contagieuse. Selon lui, la propagation de la maladie est plus probablement favorisée par la chaleur et les perturbations physiologiques liées à la période estivale.

L’étudiant décide de mettre son propre organisme en contact avec des personnes infectées. Il incise d’abord ses bras, et étale dans les coupures du vomi, puis en verse sur ses yeux. Il poursuit ses tentatives  et s’efforce de prouver que d’autres fluides corporels donneraient le même résultat. N’ayant pas contracté la maladie à l’issue de toutes ces expérimentations, il en conclut qu’il a fait la preuve de son hypothèse.

Soixante ans après sa mort, le Cubain Carlos Finlay découvrira que la maladie était transmise par les moustiques.

Johann Wilhelm Ritter

Après l’invention de la pile par Alessandro Volta en 1800, Johann Wilhelm Ritter, un physicien allemand, se passionne pour cette invention révolutionnaire. L’homme à qui l’on doit la découverte des ultra-violets décida d’étudier les effets de l’électricité sur l’organisme en connectant la pile à différentes parties de son corps. Après avoir électrisé sa langue, ses yeux et même ses parties génitales, Ritter continua à s’exposer à des courants toujours plus élevés sur des durées encore plus longues, allant jusqu’à prendre de l’opium pour supporter la douleur.

À 33 ans, le savant allemand avait les yeux infectés, la langue insensible et était souvent pris de spasmes et de migraine. Il mourut finalement d’une tuberculose mais on peut soupçonner que ses expériences aient pu précipiter son destin.

Nicolae Minovici

Au début du XXe siècle, alors qu’il enseignait la médecine légale à l’Université de Bucarest, le professeur Nicolae Minovici voulut connaître les sensations de la pendaison en se pendant lui-même. Pourquoi pas ?

Minovici a expérimenté une série d’auto-asphyxies lors desquelles il s’étranglait avec des cordes seul tout d’abord, puis avec l’aide d’assistants. Voulant aller plus loin dans l’expérimentation, il plaça son cou dans un nœud desserré, puis demanda à ses assistants de tirer sur la corde jusqu’à ce qu’il soit suspendu au-dessus du sol. L’expérience ne dura que quelques instants tant la douleur fut vive.

Les résultats de ses recherches ont été publiés en 1904 en Roumanie et en 1905 en France sous le titre « Étude sur la pendaison ». Ses travaux sont toujours considérés comme l’étude la plus complète jamais menée sur les effets de la pendaison.

John Paul Stapp

John Paul Stapp était un colonel de l’US Air Force. C’est l’un des pionniers sur l’étude des effets des forces d’accélération et de décélération sur le corps humain.

À l’époque, les experts estimaient que la force maximale qu’une personne pouvait supporter était de 18 G, soit une pression 18 fois plus importante que la gravité terrestre. Stapp imagina alors le Gee Whiz, une sorte de traîneau propulsé par des fusées qui était capable d’atteindre les 1 200 km/h, quasiment la vitesse du son, puis de stopper instantanément au bout d’une voie ferrée d’environ 600 m. Le 10 décembre 1954, il fut propulsé à une vitesse de 1 017 km/h soit la plus grande vitesse jamais atteinte sur rails  lui permettant de supporter 46 fois la force de la gravité (46 G). La violence du choc lui valut tout de même quelques fractures et une perte de conscience

Après ce record, il survécut 45 ans jusqu’à l’âge de 89 ans ; cependant, il a souffrira toute sa vie de troubles de la vision liés à cette dernière expérience.

Henry Head

Henry Head est un neurologue anglais dont les travaux furent pionniers dans le domaine de la somesthésie et du système nerveux sensoriel.

Au début du XXe siècle, le chercheur assisté de son collègue William Rivers, fit quasiment don de son corps à la science. Il persuada le chirurgien de lui ouvrir le bras, puis de lui sectionner deux nerfs avant de recoudre le tout. Le but de la manœuvre était d’étudier la façon dont les sensations reviennent après une telle blessure.

Après quatre années de tests en tout genre, les deux compères finissent par découvrir qu’il existait deux voies de sensibilité distinctes : une voie de sensations vagues, qu’ils baptisèrent protopathique, et une voie de sensations plus précises, qu’ils nommèrent épicritique. Pour savoir si tout le corps était capable de percevoir les deux types de stimuli, Rivers examina son collègue des pieds à la tête, et il finit par trouver chez lui une zone purement protopathique : son pénis.

Evan O’Neil Kane

Le 15 février 1921, alors qu’il est allongé sur une table d’opération pour se faire enlever l’appendice, le chirurgien américain Evan O’Neil Kane annonce qu’il va s’opérer lui-même.. Kane s’injecte de la cocaïne et de l’adrénaline pour s’anesthésier, puis il s’ouvre le ventre et sectionne son appendice gonflé.

Dans le New York Times du 16 février 1921 qui relate son exploit, Evan Kane explique qu’il a voulu prouver qu’une telle opération « pouvait être réalisée sans que l’on ait recours à une anesthésie générale, ce qui peut donc sauver de nombreux individus qui subissent des défaillances cardiaques ou ont d’autres sérieux problèmes sous anesthésie générale« .

Frédéric Hoelzel

Afin de montrer le temps nécessaire pour qu’un objet non-comestible soit digéré dans le corps humain, le chercheur Fréféric Hoelzel aurait ingurgité du gravier, des billes de verre, des roulements à billes, des ficelles ou encore des câbles. En 1930, ses recherches ont été publiées par l’American Journal of Physiology sous le titre: « Le rythme de transit de matières inertes à travers l’appareil digestif » et malgré des habitudes alimentaires peu recommandables, le chercheur vécut jusqu’à l’âge de 74 ans.

Albert Hofman

Ce brillant chimiste suisse est l’inventeur du LSD. Il l’a synthétisé pour la première fois en 1938, mais ne s’est rendu compte de ses effets que cinq années plus tard lorsqu’il décida de produire à nouveau du LSD. Tandis qu’il travaille à son laboratoire, il est soudainement pris d’état d’intoxication, caractérisé par une imagination particulièrement stimulée. Il explique : « Dans un état proche du rêve, les yeux clos, je percevais un flot ininterrompu d’images fantastiques, des formes extraordinaires avec un jeu de couleurs intenses et kaléidoscopiques. Au bout de deux heures environ, cet état a disparu« . D’après ses dires, il aurait pu absorber une petite quantité de substance en se frottant les yeux.

Après s’être assuré par un examen médical qu’il ne s’était pas empoisonné, il a commencé à en profiter. Comme il l’a écrit plus tard : « Petit à petit, j’ai commencé à profiter de ces couleurs sans précédent et du jeu de formes qui persistait sous mes yeux fermés. Des images fantastiques, kaléidoscopiques se pressaient en moi, alternant, variant, s’ouvrant et se refermant sous forme de cercles et de spirales, explosant dans des fontaines colorées, se réarrangeant et se recréant dans un flot constant. »

Le chimiste vécut jusqu’à l’âge de 102 ans.

Source : Techniques-Ingenieur