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60 °C à l’ombre : vers des vagues de chaleur “ultra-extrêmes” au Moyen-Orient et en Afrique du nord

Crédits : CC0 Public Domain.

Les vagues de chaleur qui menacent de frapper le continent européen si rien n’est fait pour limiter le réchauffement font pâle figure devant celles annoncées en Afrique du nord et au Moyen-Orient. En effet, les résultats d’une étude récemment parue dans la revue Climate and Atmospheric Science indiquent que les températures maximales pourraient atteindre des valeurs supérieures à 56 °C, voire même dépasser les 60 °C dans certaines localités très urbanisées.

Compte tenu de l’intensité de ces épisodes, les chercheurs parlent de vagues de chaleur ultra-extrêmes. D’une durée pouvant aller jusqu’à quelques semaines, elles devraient exclusivement survenir en seconde partie de siècle. Ce sont alors plus de 600 millions de personnes qui seraient régulièrement exposées. Or, à de telles températures, l’organisme humain, comme celui de très nombreux animaux, n’est plus facilement capable de réguler son métabolisme et dépend ainsi fortement du refroidissement artificiel (climatisation, etc.). Outre les implications pour l’agriculture, ces canicules constituent donc une menace très sérieuse pour la santé humaine et l’environnement.

Une étude spécifiquement axée sur le domaine MENA

Pour mener à bien leur étude, les scientifiques ont utilisé un ensemble de simulations numériques issues de différents modèles climatiques. L’objectif étant d’analyser la manière dont les vagues de chaleur évoluent sur le domaine MENA (Moyen-Orient et Afrique du nord) quand le climat global se réchauffe fortement.

vagues de chaleur
Évolution de l’indice d’amplitude des vagues de chaleur selon différents modèles (a). Pourcentages de la région MENA exposés chaque année aux différents types de vagues de chaleur (b). L’échelle temporelle va de 1951 à 2100. Enfin, rappelons que dans le scénario étudié, le réchauffement climatique continue sans entrave. Crédits : George Zittis & al. 2021.

« La communauté scientifique qui s’occupe de la modélisation du climat régional est principalement concentrée en Europe et en Amérique du Nord, et il y a encore peu d’intérêt et de financement pour l’étude des impacts du changement climatique dans la région méditerranéenne et nord-africaine » explique Paola Mercogliano, directrice du REHMI qui n’a pas directement participé aux travaux. « Avoir une étude aussi importante et détaillée sur ce domaine, qui est encore pauvre en données et en connaissances scientifiques sur le changement climatique, est un grand succès pour nous ».

Vagues de chaleur et climat : une double peine

Finalement, l’image qui se dessine concrétise un problème double. D’un côté, le réchauffement global qu’il conviendra de limiter au mieux pour éviter à ces pays d’être confrontés à des canicules particulièrement dangereuses. De l’autre, l’urbanisation qui rend les populations encore plus sensibles aux extrêmes chauds pour cause d’îlot de chaleur urbain. « On s’attend à ce que la grande majorité de la population exposée (> 90 %) vive dans les centres urbains, qui devraient faire face à des conditions météorologiques socialement perturbatrices » note à ce titre l’étude dans son résumé.

Population (en millions de personnes) exposée aux différents type d’extrêmes chauds (code couleurs). Les courbes pleines représentent la population affectée. Les courbes en pointillés, la part de la population en milieu urbain. En noir, l’évolution attendue de la population totale dans le domaine MENA. Crédits : George Zittis & al. 2021.

Avec les nouvelles données obtenues, les décisions politiques et sociales qui dicteront les mesures d’atténuation et d’adaptation climatiques pourront être prises dans un contexte scientifique mieux étayé. Ainsi, l’intérêt croissant de la communauté des modélisateurs pour le domaine MENA permettra une meilleure appropriation et gestion du défi climatique, lequel s’annonce particulièrement difficile dans ces régions du monde.

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