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El Niño : un comportement récent hors norme et sans précédent depuis au moins 400 ans

Phénomène El Niño en 2015 mis en évidence par les anomalies de température de surface de la mer. Crédits : NOAA ESRL.

Les observations directes le suggéraient déjà. Mais c’est désormais confirmé par une reconstruction longue de 400 ans obtenue grâce à l’analyse d’échantillons de coraux. Au cours des dernières décennies, le phénomène El Niño a subi une évolution hors norme – et pour le moins intrigante.

En temps normal, l’océan Pacifique est caractérisé par des vents d’est près de l’équateur – les alizés. Résultat de la circulation océanique qu’ils entraînent, une accumulation d’eau chaude se forme à l’ouest du bassin. Elle s’accompagne de nombreux amas pluvio-orageux qui trouvent là un environnement idéal pour se développer. À l’est, on observe au contraire une remontée d’eau plus froide et riche en nutriments. Ici, le temps est nettement plus sec. Ainsi, il existe un fort contraste thermique et pluviométrique entre les deux côtés du bassin.

Lorsque les alizés s’affaiblissent sensiblement, voire s’inversent, la masse d’eau chaude s’étend vers l’est. Cela se traduit par un réchauffement marqué et persistant des températures de surface de la mer (SST) entre le centre et l’est du Pacifique équatorial. C’est ce que l’on nomme communément un événement El Niño. De manière générale, c’est toute la circulation tropicale qui se voit perturbée. Notons que la fréquence du phénomène est irrégulière (un tous les 2 à 7 ans).

Deux saveurs d’El Niño

Il existe deux types d’El Niño. L’un marqué par des anomalies chaudes maximales à l’est du bassin, et l’autre par des anomalies chaudes maximales au centre du bassin. Les scientifiques parlent d’El Niño canonique et modoki, respectivement.

El Niño
Illustration des deux saveurs d’El niño via les anomalies de température de surface de la mer. a) Type canonique, b) type modoki. Crédits : M.B. Freund & al. 2019.

Les observations indiquent que le type modoki est devenu plus fréquent en proportion à partir des années 1990. Par ailleurs, d’autres modifications ont été pointées du doigt quant aux caractéristiques du phénomène. Néanmoins, il est difficile de dire si nous ne voyons là qu’une simple matérialisation de la variabilité naturelle où celle, plus profonde, du changement climatique.

Un comportement inédit depuis au moins 4 siècles

Dans une étude parue le 6 mai dans la revue Nature, des chercheurs ont produit une reconstruction de la variabilité d’El Niño sur les 400 dernières années. Pour remonter aussi loin, ils ont utilisé des échantillons de coraux dispersés entre l’océan Indien et le Pacifique est. En effet, les propriétés thermique et saline de l’eau au moment de la croissance des coraux sont archivées par des structures analogues aux cernes des arbres. La période couverte s’étend de 1617 à 2005 et la résolution atteint l’échelle saisonnière.

El Niño ratio
Ratio entre El Niño modoki et El Niño canonique. Les observations directes sont en rouge. En noir, la reconstruction basée sur les coraux avec les marges d’incertitude en gris. Aussi, notez l’envolée vers la fin du 20e siècle. Crédits : M.B. Freund & al. 2019.

Les résultats sont sans appel. Depuis quelques décennies, le comportement de l’oscillation est hors norme. Ils confirment que les événements modoki ont subi une hausse d’occurrence d’ampleur inédite à l’échelle multiséculaire. On en dénombre environ 4 fois plus que les événements canoniques. Par conséquent, le rapport de fréquence entre les deux – quasiment stable et proche de 1 durant quatre siècles – s’envole à partir de 1990 (voir le graphique ci-dessus). Dans le même temps, les El Niños canoniques, bien que plus rares, sont devenus plus intenses.

Ces changements structurels sont importants, car les conséquences sur les régimes de pluies dans la bande tropicale – mais aussi en dehors – ne sont pas les mêmes suivant la structure des anomalies de SST. Idem pour les courants océaniques. Ainsi, toute modification dans le comportement de ce phénomène aura des implications environnementales et sociétales majeures. Comprendre comment El Niño évoluera dans un monde en réchauffement présente donc un intérêt certain que cette étude aura caressé.

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