La végétation de l’hémisphère nord absorbe plus de CO2 qu’attendu !

Crédits : Free-Photos / Pixabay

Selon les travaux d’une équipe internationale de chercheurs, la végétation de l’hémisphère nord séquestre de plus en plus de carbone à mesure que la concentration atmosphérique en CO2 augmente. Depuis 2000, la capture observée est même plus élevée que celle calculée par les modèles de cycle du carbone. L’étude, dirigée par le Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement, a été rendue publique le 3 avril dernier.

Tout le dioxyde de carbone (CO2) rejeté par les activités humaines ne s’accumule pas dans l’atmosphère. Une partie – environ la moitié – est absorbée par les océans et la végétation. On parle de puits de CO2. En réduisant la quantité de gaz à effet de serre dans l’air, ils limitent de ce fait l’ampleur du changement climatique en cours.

Dans un précédent article, nous évoquions l’évolution du puits océanique. Il était apparu que celui-ci continuait à jouer pleinement son rôle, sans montrer de signe d’affaiblissement. Mais quid du puits continental lié à la végétation ?

Une capture de carbone de plus en plus importante

Une étude parue le 3 avril dans la revue Nature Climate Change fournit une estimation actualisée de l’évolution du puits continental de l’hémisphère nord. La période couverte par l’analyse s’étend de 1958 à 2016, soit 50 ans. Les résultats obtenus par les chercheurs sont assez intrigants, en particulier concernant les deux dernières décennies.

« Depuis 1958, la végétation de l’hémisphère nord a continué à absorber une quantité importante de CO2, avec deux augmentations significatives de l’absorption : une dans les années 1990 et une autre dans les années 2000. En revanche, l’absorption de carbone par les continents du sud semble stagner », rapporte Philippe Ciais, auteur principal de l’étude.

végétation carbone
Crédits : NASA.

« Les modèles du cycle du carbone utilisés pour évaluer les projections futures de CO2 atmosphérique et tenir compte des changements climatiques n’ont pas été en mesure de reproduire l’intensification de l’absorption observée dans les années 2000 », poursuit-il. À l’heure actuelle, il n’existe pas de réponse consensuelle sur l’origine de ce biais dans les simulations. Une hypothèse serait la mauvaise prise en compte des dépôts azotés, lesquels stimulent la croissance des végétaux.

L’évaluation du puits continental de carbone

Pour arriver à ces conclusions, les scientifiques se sont basés sur le gradient de CO2 inter-hémisphérique*. En effet, la concentration moyenne est plus élevée au nord qu’au sud de l’équateur. Au premier ordre, on peut l’expliquer par le simple fait que les sources de CO2 anthropique – liées aux combustibles fossiles notamment – se situent majoritairement dans l’hémisphère boréal.

Cependant, en considérant uniquement ce facteur, il apparaît que le gradient aurait dû s’accentuer bien plus qu’il ne l’a fait en réalité. Ainsi, il convient de prendre en compte un autre mécanisme. C’est sur cette différence entre valeurs attendues et observées que les scientifiques se sont appuyés pour évaluer l’évolution du puits continental.

Au final, malgré les évolutions climatiques défavorables – sécheresses, feux de forêt, etc. – il apparaît que la séquestration de carbone par la végétation nordique a été plus importante que prévu. Un résultat intriguant, pour partie seulement car les incertitudes associées à l’évaluation de ce flux ont toujours été larges. Le manque de contraintes observationnelles a souvent obligé à calculer ce dernier comme un terme résiduel dans les bilans. En conclusion, l’étude présentée dans cet article est une première étape vers une estimation plus robuste du puits continental.

* Calculé sur la base de l’écart moyen entre les stations de Mauna Loa et de South pole. 

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