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Ils vont forer certaines des plus vieilles glaces de la planète

Crédits : Flickr / Christopher Michel

Une équipe de chercheurs se tient prête à forer jusqu’à 2,7 kilomètres de profondeur en Antarctique oriental dans le but de sonder certaines des plus vieilles glaces de la planète. De quoi retracer l’évolution du climat de la Terre depuis 1,5 million d’années.

Capsule temporelle

Une équipe de chercheurs de 14 institutions européennes analyseront prochainement des carottes de glace très anciennes en Antarctique. Le but : se donner un aperçu de l’évolution de notre climat sur plus de 1,5 million d’années. Il sera notamment question d’évaluer les niveaux passés de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre. James Lea, Britannique de l’Université de Liverpool, évoque des « implications énormes ». De quoi permettre un « aperçu sans précédent de la façon dont le climat de la Terre a changé au cours de plusieurs périodes glaciaires », a-t-il déclaré.

Certains “casse-têtes” seront également abordés. Comme celui-ci. Il y a environ 1,2 million d’années, les cycles interglaciaires duraient en effet 41 000 ans. En revanche, de 500 000 ans à nos jours, la durée de ces cycles semble s’être allongée, jusqu’à 100 000 ans environ. Ces cycles dépendent de la façon dont la Terre gravite autour du Soleil, et notamment des variations de son oscillation. Or, ces variations orbitales n’ont probablement pas différé depuis des milliards d’années. Quelle est donc la cause de ce basculement ? Pour les chercheurs, les gaz à effet de serre pourraient jouer un rôle majeur. Ces expériences de forage, et les capsules temporelles qui seront remontées, pourront nous le confirmer (ou non).

« C’est vraiment excitant, note en effet Chris Fogwill, paléoclimatologue à l’Université Keele (Royaume-Uni). Nous avons des instantanés de dioxyde de carbone correspondant à cette période de basculement de cycle, mais ce nouveau noyau de glace sera le premier enregistrement continu, depuis les temps modernes jusqu’à la période de transition, nous permettant de voir comment les cycles ont évolué et peut-être ce qui a conduit ces changements ».

carotte glace
Extraction d’une carotte de glace près de la station Concordia, en Antarctique.
Crédits : Thibaut Vergoz, Institut Polaire Français, CNRS

Un défi logistique

Pour effectuer ces études, les scientifiques ont dû s’atteler à chercher un endroit où la glace est suffisamment épaisse et solide. « Trouver de telles vieilles glaces est un défi logistique et scientifique absolument monumental », note le chercheur. La fonte sous-glaciaire est en effet très fréquente sous la glace antarctique. Des mesures radar ont été effectuées entre 2015 et 2018 pour tenter de déterminer les zones sous lesquelles la glace dite basale ne fondait pas. Il a également fallu trouver une glace suffisamment épaisse pour enregistrer l’évolution du climat terrestre sur une période aussi longue. Au final, les chercheurs ont jeté leur dévolu sur une zone baptisée Dome C, au sud-est de l’Antarctique.

L’idée, outre la curiosité scientifique, sera bien évidemment de s’appuyer sur le passer pour anticiper le futur. « Comprendre le changement passé est essentiel pour prédire notre avenir collectif », note en effet le chercheur. Si tout se passe comme prévu, les premières opérations de forage devraient débuter au cours de cette année et se prolonger jusqu’en 2023.

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