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Envoyer une sonde vers Alpha du Centaure, est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

Crédits : M. Weiss/CfA

Notre espèce a soif de connaissances, et l’exploration de l’Univers reste l’un de nos terrains de chasse préférés. Certains envisagent aujourd’hui de pousser l’exploration un peu plus loin, en s’intéressant par exemple à Proxima b, l’exoplanète la plus proche. Mais une telle mission vaut-elle vraiment le coup ?

Les missions Voyager et New Horizons, de la NASA, nous ont permis d’explorer quelques-unes des limites de notre système solaire. Mais la soif d’exploration de l’Homme n’est jamais assouvie. Compte tenu de ces réalisations, il est alors normal de considérer la faisabilité d’éventuelles missions interstellaires. Mais une telle mission en vaut-elle la peine ? Kevin F. Long, cofondateur de l’Initiative pour les études interstellaires, a récemment publié un document soutenant l’idée que nous pourrions envoyer des missions robotiques miniatures vers des systèmes stellaires pour y effectuer une reconnaissance.

Toujours plus loin

Notre technologie nous permet actuellement la découverte de nombreuses exoplanètes, dont Proxima b, qui évolue autour de l’étoile la plus proche du Soleil, Proxima du Centaure, à 4,2 années-lumière. Ces découvertes sont incroyables, mais nous restons malgré tout encore limités par nos moyens. Nous ne pouvons, par exemple, pas encore observer directement une exoplanète (même si cela ne saurait tarder). Ces découvertes ont néanmoins suscité un certain intérêt « pour aller encore plus loin ».

« La question est la suivante : sommes-nous simplement contents de pouvoir les regarder de loin, ou aimerions-nous plutôt y aller ? », demande le chercheur. « Les sondes spatiales offrent un avantage certain par rapport à la télédétection. Elles représentent un potentiel d’investigations scientifiques directes, in situ, depuis une orbite ou même à la surface, dit-il. Dans un Univers où la Terre et même notre système solaire sont réduits à un simple point bleu pâle parmi le vide, nous serions fous de ne pas essayer un jour ».

Proxima B centauri
Illustration d’artiste de Proxima b, à 4,2 années-lumière de la Terre. Crédits : Wikimedia Commons

De nombreux obstacles

Sur le papier, nous sommes tous d’accord (ou presque). Mais les obstacles sont encore nombreux. En premier lieu : le coût d’une telle mission. Pour mettre les choses en perspective, le programme Apollo a coûté environ 25,4 milliards de dollars dans les années 60 et 70. Cette somme représente environ 143 milliards de dollars aujourd’hui, si l’on prend en compte l’inflation. Le budget nécessaire pour une mission interplanétaire serait à peu de chose près équivalent. Et à l’heure actuelle, l’humanité a d’autres problèmes plus urgents à régler.

Nous allons, au cours des prochaines décennies, devoir tenter de couvrir les besoins de près de 10 milliards de personnes tout en subissant une diminution de nos ressources. « Compte tenu des problèmes concurrents sur la Terre, on estime qu’il n’y a aucune justification aujourd’hui pour approuver les dépenses de telles missions, concède le chercheur. Évidemment, la découverte d’une exoplanète avec une biologie potentiellement intéressante pourrait changer cela. Le secteur privé peut éventuellement tenter de telles missions ».

Effectivement, si une telle mission devait être pensée et programmée, c’est probablement le secteur privé, de plus en plus mis à contribution, qui s’en chargerait. Mais si nous avons les moyens financiers de potentiellement y arriver, encore faut-il avoir les moyens techniques. Deuxième problème.

« Comme tous les engins spatiaux, une sonde spatiale interstellaire aurait besoin de puissance, de propulsion et d’autres systèmes pour s’acquitter de sa mission et atteindre sa cible avec succès, note le chercheur. Construire des engins spatiaux assez rapides pour atteindre les étoiles les plus proches en un temps raisonnable compte tenu de l’espérance de vie humaine, et alimenter ces systèmes de propulsion n’est pas facile, et dépasse de beaucoup les performances de toutes les technologies déjà utilisées dans l’espace ». Si l’on prend l’exemple d’Alpha Centauri, il faudrait avec nos moyens actuels près de 80 000 ans pour la rejoindre.

Le projet Starshot

Notre seul espoir, pour le moment, repose donc sur le projet Starshot de Breakthrough Initiatives. L’idée serait ici d’envoyer une nano-sonde vers le système Proxima Centauri. Pour ce faire, les chercheurs envisagent de développer une voile ultra-légère qui serait accélérée par des lasers à des vitesses pouvant atteindre les 60 000 km/s, soit 20 % de la vitesse de la lumière. Si un tel projet pouvait voir le jour, nous pourrions alors atteindre cette exoplanète en 20 ans seulement.

Illustration artistique d’une voile solaire/Credit : breakthroughinitiatives.org

Si nous en sommes un jour capable, une telle mission – et les suivantes – pourrait bien révolutionner notre approche de l’Univers. Munies d’instruments, de telles sondes pourraient nous en apprendre davantage sur la nature des étoiles, des galaxies, des trous noirs ou encore nous donner « la réponse » aux problèmes concernant la matière noire et l’énergie noire. Et bien sûr, une telle mission pourrait nous dire si une vie existe ailleurs dans l’Univers. Les implications, tant scientifiques que philosophiques, seraient alors énormes.

Comme on peut l’imaginer, il faudra donc sûrement patienter encore quelques années – peut-être même une vie d’Homme – avant que l’humanité ne soit prête à consacrer son temps et ses ressources à une telle mission. Il se peut aussi que rien ne se passe comme prévu, et que nous soyons prêts dans quelques années seulement. Qui sait, on peut toujours rêver, non ?

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